Trump, le monde en apnée. L’édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
C’était une semaine de stupeur et de tremblements sur la scène internationale. Entre le cyclone Donald Trump, prêt à annexer le Groenland – territoire danois, donc membre de l’Otan – et les Iraniens qui, une fois encore, descendent dans la rue au péril de leur vie pour défier la mollarchie sanguinaire de Téhéran, la planète retient son souffle. D’un côté, un président américain qui frappe fort, partout, tout le temps. De l’autre, un peuple qui résiste à un régime qui n’hésite pas tuer par milliers pour se maintenir.
Un 2025, rarement l’ordre international aura paru aussi fragile, soumis aux humeurs d’un seul homme. Un an après son retour, Donald Trump a installé le chaos comme méthode de gouvernement mondial. En quelques jours, il vient de capturer le président du Venezuela, menacer la Colombie et Cuba, sommer Zelensky de rentrer dans le rang, brandir à nouveau la menace de bombardements sur l’Iran et, enfin, accentuer la pression sur le Groenland. Une frénésie impériale assumée. Trump dit ce qu’il va faire et fait ce qu’il dit. C’est sa force. Et le vertige du monde.
À l’étranger, il applique un « America first » décomplexé, version XXL. L’objectif est clair : élargir l’influence américaine et mettre la main sur les ressources stratégiques. Après l’indépendance énergétique, leitmotiv depuis Obama, Trump a ajouté la course aux terres rares. Une priorité géopolitique et, accessoirement, une opportunité de business.
Face à lui, peu de résistances structurées. L’Europe tente de colmater les brèches en Ukraine avec la coalition des volontaires, attelage franco-britannique aussi nécessaire que fragile. Tous les trois mois, Kiev est menacé d’abandon par Washington. Sur le Groenland, Bruxelles a cette fois montré les dents.
La Première ministre danoise a tenu bon. L’envoi symbolique de troupes européennes, dont une escouade de chasseurs alpins français, a surpris. Trump a raillé cette « vieille Europe » défendant le pôle Nord avec des chiens de traîneau. Mais il a aussi paru vexé, contrarié. Un fait rare. Avant d’agiter, comme toujours, l’arme des sanctions commerciales.
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Tout-puissant à l’extérieur, Trump est parfois freiné par ses propres généraux. Le Pentagone rechigne à toute aventure au Groenland. Sur l’Iran, les chefs militaires rappellent l’évidence : renverser le régime ne se décrète pas. L’Iran, ce sont quelque 90 millions d’habitants, une armée affaiblie mais encore solide, et aucun scénario clair pour « l’après ». On ne dépose pas Ali Khamenei comme on neutralise un président latino-américain.
Élu pour régler d’abord les problèmes domestiques, Trump a fait le choix inverse : le déploiement extérieur permanent. Avec, en filigrane, une quête grossière du prix Nobel. Mais l’Amérique doute. Trois Américains sur quatre rejettent l’annexion du Groenland. S’ils ont soutenu l’opération au Venezuela, ils restent obsédés par l’inflation, l’immigration, le pouvoir d’achat.
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Et lorsque Trump balaie les élections de mi-mandat d’un « je n’en ai rien à faire » puis lâche qu’« il ne devrait même pas y avoir d’élections en 2026 », le rire se fige. « Tout pouvoir sans limite, tend vers l’arbitraire et la tyrannie, même lorsqu’il se prétend démocratique », écrivait Tocqueville. La Maison-Blanche parle de plaisanterie. Personne n’y croit vraiment.