Comme le souligne John Plassard, " il s'agit du dernier grand rendez-vous sur le front de l'emploi avant la réunion de la Réserve fédérale prévue le 19 mars ".
/FW1HFS/Muhammad Tasim Zahid - REUTERS - Elizabeth Frantz
Les États-Unis ont détruit 92 000 emplois en février et le chômage a grimpé à 4,4 %, selon des données officielles ce vendredi. Ces chiffres pourraient modifier à nouveau les anticipations sur la politique monétaire de la Réserve fédérale le 18 mars.
Les chiffres. C'est un revirement spectaculaire que les marchés n'avaient pas anticipé. Les États-Unis ont détruit 92 000 emplois en février et le chômage a grimpé à 4,4 %, selon le rapport mensuel du département du Travail publié ce vendredi 6 mars.
C'est la « plus forte baisse en quatre mois », commente John Plassard, associé de Cité Gestion, dans une note publiée ce vendredi, alors que « le nombre de chômeurs a augmenté de 203 000 personnes, atteignant environ 7,57 millions », souligne-t-il.
Les investisseurs s'attendaient à des créations nettes d'emplois et à ce que le chômage reste inchangé à 4,3 %, selon le consensus publié par MarketWatch. Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient quant à eux une moyenne de 59 000 créations nettes d'emplois.
Pourquoi une telle baisse ? Cette baisse est notamment due à une grève de 31 000 employés du secteur de la santé chez Kaiser Permanente, souligne le service statistique du ministère du Travail (BLS) dans un communiqué, ainsi qu'à des conditions météorologiques défavorables.
Le mois dernier, les analystes ont par ailleurs souligné l'impact sur les chiffres d'une mise à jour du modèle de création et de destruction d'entreprises utilisé par le Bureau of Labor Statistics (BLS) pour estimer le nombre d'emplois créés ou perdus.
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Pourquoi ces chiffres surprennent-ils ? Ce très mauvais chiffre surprend d'autant plus qu'il fait suite à un très bon chiffre en janvier. Ce dernier a toutefois été révisé ce vendredi, faisant apparaître 126 000 créations de postes contre 130 000 en première estimation. Le rapport de janvier, qui avait été jugé très bon, l'est ainsi désormais un peu moins.
Les mois précédents ont également subi d'importantes révisions à la baisse. L'actualisation des données montre que les États-Unis avaient en effet déjà détruit des emplois au mois de décembre. « La variation de l'emploi salarié total hors agriculture pour décembre a été révisée à la baisse de 65 000, passant de 48 000 à -17 000 », indique la note de John Plassard.
« Avec ces révisions, l'emploi en décembre et janvier combinés est inférieur de 69 000 à ce qui avait été précédemment annoncé », ajoute-t-il. De manière générale, le marché du travail américain se stabilise après avoir connu des difficultés en 2025, dans un contexte que les économistes attribuaient à l'incertitude suscitée par les droits de douane de Donald Trump.
Pourquoi c'est important avant la prochaine réunion de la Fed. Ces données suscitent des inquiétudes sur le marché du travail et pourraient modifier à nouveau les anticipations sur la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed). Comme le souligne John Plassard, « il s’agit du dernier grand rendez-vous sur le front de l’emploi » avant sa prochaine réunion le 18 mars.
Pour rappel, la Fed avait maintenu fin janvier les taux directeurs entre 3,50 % et 3,75 % après les avoir réduits de trois quarts de point de pourcentage dans les derniers mois de 2025.
Depuis cette réunion, Donald Trump a proposé que l'ex-gouverneur Kevin Warsh préside l'institution quand le mandat de Jerome Powell prendra fin en mai, ce que les sénateurs américains doivent encore confirmer. Le président américain veut des taux directeurs nettement plus bas pour alléger les coûts d'emprunt des Américains et de l'État fédéral.
Pourquoi un statu-quo est-il attendu le 18 mars ? Plusieurs responsables de la Fed ont fait savoir fin janvier qu'ils n'envisageaient pas de nouvelle détente avant un moment, du fait de l'inflation persistante. L'indice d'inflation PCE, privilégié par l'institution pour surveiller les prix, était en progression de 2,8 % sur un an en novembre, alors que la Fed vise 2 %.
« Plusieurs participants » à la réunion des 27 et 28 ont même plaidé pour que la Fed reflète dans sa communication « la possibilité » d'un relèvement des taux « si l'inflation reste au-dessus de la cible », selon le compte-rendu de leurs débats.
Après le déclenchement de la guerre la semaine dernière, les marchés avaient conclu que la prochaine baisse des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) arriverait plus tard que prévu, du fait des répercussions du conflit sur les prix de l'énergie et donc l'inflation.
Le calcul pourrait changer si le marché du travail américain présentait d'autres signes de faiblesse. Les investisseurs n'attendent en tout cas pas de nouvelle baisse avant la réunion de juin, au plus tôt, selon l'outil de veille CME FedWatch.