INFOGRAPHIES. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publie ce jeudi sa troisième étude de l'alimentation totale. Si elle met en évidence une diminution de la présence de certains contaminants dans nos aliments, dont le cadmium ou le plomb, elle alerte sur les niveaux d’exposition qui restent encore trop élevés.
Ce n’est pas une nouvelle, ni une surprise : les aliments que nous mangeons sont contaminés par des substances chimiques. C’est ce que confirme la dernière étude de l’alimentation totale (EAT) de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publiée ce jeudi, quinze ans après la précédente parue en 2011.
Il en ressort la présence dans nombre de nos aliments du quotidien d’acrylamide, une substance qui se forme au moment de la cuisson à haute température de certains aliments riches en asparagine et en amidon, ainsi que de plusieurs éléments traces métalliques : le cadmium, le plomb, l’aluminium, le mercure et l’argent.
Bonne nouvelle : depuis la précédente étude, la situation s’est en partie améliorée. « L’EAT 3 montre une diminution de la concentration en moyenne en acrylamide, argent, aluminium, cadmium et plomb dans les aliments », relève Véronique Sirot, coordinatrice de l’étude.
Mais attention aux raccourcis : « Ce n’est pas le cas dans tous les aliments. Des augmentations sont tout de même observées dans certains groupes d’aliments ». Tout particulièrement dans des produits à base de céréales comme le pain, les biscuits sucrés, les viennoiseries ou les pâtes. C’est aussi le cas pour certains légumes.
Contamination majeure
Dans le détail, 276 aliments couvrant plus de 90 % du régime moyen de la population française ont été sélectionnés dans le cadre de l’EAT 3 et ont fait l’objet de différentes analyses.
Le constat est sans appel pour le plomb et l’aluminium : la totalité des 718 échantillons ont présenté une contamination. Or, le plomb se révèle toxique pour l’être humain, particulièrement pour les enfants et les fœtus qui peuvent pâtir d’un retard de développement. Quant à l’aluminium, il présente aussi une neurotoxicité pouvant entraîner des maladies neurodégénératives, comme Alzheimer ou Parkinson.
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Infographie (Crédits : La Tribune)
Ce n’est guère mieux pour ce qui est du cadmium, notamment considéré comme cancérogène pour les poumons par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) : il a été détecté dans 89 % des échantillons de l’EAT 3.
C’est presque tout autant pour le mercure inorganique et le méthylmercure, qui s’avèrent toxiques pour les systèmes nerveux, digestif et immunitaire de l'être humain et certains organes : 91 % d’échantillons contaminés, sur un panel toutefois moindre (48 échantillons au total).
Quant à l’acrylamide, reconnue cancérogène possible pour l’Homme par le CIRC, sa présence a été prouvée dans 65% des échantillons analysés, au nombre de 312.
Finalement, seul l’argent s’avère rare dans nos aliments, détecté dans 3 % des 718 échantillons.
Les produits du quotidien fortement contaminés
Parmi les aliments qui exposent le plus à ces substances figure l’un des emblèmes de la France: le pain. C’est même l’aliment le plus contaminé puisqu’il contribue à environ 10 % de l’exposition à l’acrylamide, 17 % à l’aluminium, 20 % au cadmium et jusqu’à 17 % au plomb. On retrouve ces mêmes substances, mais dans des proportions plus faibles, dans les viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et autres biscuits sucrés.
Infographie (Crédits : La Tribune)
Par substance, ce sont les pommes de terre, lorsqu’elles sont sautées ou frites, qui exposent le plus à l’acrylamide (responsables de 47 % à 65 % de l’exposition). Pour l’aluminium, c’est le pain et les viennoiseries (17 %). Quant au cadmium, outre le pain, on le retrouve aussi fortement dans les crustacés et mollusques (15 % à 20 % de l’exposition) et dans les pommes de terre (16 % à 17 %). L’exposition au méthylmercure se fait principalement via les poissons (74 % à 76 %) et celle au plomb via le pain et l’eau du robinet (10 % à 16 %).
Peu de recommandations
L’Anses dresse les mêmes conclusions dans l’EAT 3 que dans sa précédente étude : les expositions à l’acrylamide, au cadmium, au plomb, à l’aluminium et au méthylmercure restent trop élevées pour tout ou partie de la population.
L’organisme ne donne toutefois pas de recommandations spécifiques, hormis concernant le poisson. Pour « permettre une couverture optimale des besoins en nutriments tout en limitant le risque de surexposition aux contaminants chimiques dont le méthylmercure », l’Anses conseille de consommer « deux portions de poissons par semaine, dont un poisson gras, en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement ». « Tant que l’on respecte ces recommandations, qui limitent le risque de surexposition au méthylmercure, toutes les espèces de poissons peuvent être consommées », assure Morgane Champion, également coordinatrice de l’étude.
L’Anses indique que ces résultats ne sont que le premier volet de l’EAT 3. Ils seront complétés par ceux d’autres éléments chimiques, comme le cobalt ou le nickel, « au fil des prochaines années ».