Le Premier ministre vise un déficit de 4,7% pour l'an prochain, en indiquant vouloir notamment freiner le train de vie de l'Etat à hauteur de 6 milliards.
Dix-sept jours après son arrivée à Matignon, la prise de parole était largement attendue. C’est dans les colonnes du Parisien que Sébastien Lecornu a choisi de s’exprimer, alors que le calendrier budgétaire s’accélère et que la formation d’un gouvernement se fait de plus en plus pressante.
Celles et ceux qui attendaient des déclarations fracassantes, dans une logique assumée de rupture, passeront leur tour à ce stade. Le retour de l’ISF ? « Le gouvernement ne l’envisage pas », répond le Premier ministre. L’abandon de l’année blanche ? « Je présenterai le budget en temps et en heure », réplique Sébastien Lecornu, sans livrer la moindre indication. La taxe Zucman est-elle la bonne réponse ? « Personnellement, je ne le crois pas », affirme le locataire de Matignon.
A la lecture de cet entretien, c’est davantage entre les lignes qu’il faut décrypter les messages délivrés par le Premier ministre. Car des ouvertures, parfois petites, se dessinent. Si la taxe Zucman est, donc, jugée inappropriée, Sébastien Lecornu admet néanmoins que la « demande politique et sociétale de plus de justice fiscale » est bien présente, et que l’on « ne peut pas balayer ce débat d’un revers de la main ». « Je ferai donc une proposition de budget dans laquelle certains impôts augmenteront, mais d’autres diminueront », précise-t-il.
« Faire confiance au dialogue social »
Même tonalité sur la réforme des retraites, dossier sur lequel le Premier ministre ouvre deux pistes. « Si d’autres modèles pour notre système de retraite doivent émerger, c’est un bon débat pour la présidentielle », esquisse-t-il, tout en admettant que la réforme Borne n’est pas « achevée ». Et concernant la réforme de l’assurance chômage, le Premier ministre indique vouloir « faire confiance au dialogue social ».
Sur ces volets sensibles, Sébastien Lecornu indique qu’il est « hors de question de préparer un budget d’austérité et de régression sociale ». « Pour l’année prochaine, poursuit-il, les moyens consacrés aux retraites augmenteront de six milliards d’euros, ceux pour la santé augmenteront de cinq milliards d’euros. »
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Six milliards d'économie
Malgré ces lignes budgétaires à la hausse, le Premier ministre compte présenter « un budget robuste aux alentours de 4,7 % » de déficit, tout en maintenant un objectif de 3 % à l’horizon 2029. Au passage, Sébastien Lecornu desserre un peu la trajectoire de François Bayrou, qui tablait pour sa part sur une visée à 4,6 % pour l’année qui vient. Pour freiner la dépense publique, Matignon va notamment proposer « une diminution de six milliards d’euros sur l’Etat et son train de vie ».
Sur les nombreux autres sujets en attente, le nouveau Premier ministre Sébastien a notamment indiqué que la formation du gouvernement aurait lieu « avant le début des travaux parlementaires », soit début octobre. Il a également déclaré vouloir « examiner » les évolutions possibles de l’Aide médicale d’Etat (AME), dans le collimateur de l’extrême droite et de la droite mais défendue par la gauche. « Il faut examiner cela dans le détail, en cherchant l’efficacité plutôt que les effets de manche », ajoute-t-il.
Enfin, Sébastien Lecornu a nié vendredi toute volonté de moratoire sur les énergies renouvelables, démentant une information de presse selon laquelle il s’apprêterait à prendre un décret en ce sens. « Cette information est complètement fausse et mensongère : il n’est pas question de revenir sur nos ambitions énergétiques car la décarbonation est une priorité pour notre souveraineté. Il faut sortir de certaines dépendances », affirme-t-il. « En revanche, comme pour tout euro d’argent public dépensé, aucune rente ne sera tolérée. »