Alors que la dette atteint désormais plus de 3 400 milliards d’euros, La Tribune a interrogé trois économistes pour comprendre les raisons de cette dérive.La dette française n’en finit plus de battre des records. Selon l’Insee, elle a atteint fin juin le montant astronomique de 3 416,3 milliards d’euros, soit 115,6 % du PIB. À elle seule, la dette de l’État s’élève à 2 787,7 milliards d’euros. Plus ennuyeux encore, la charge de la dette devrait avoisiner 67 milliards d’euros cette année.
Mais qu’est-ce qui explique une telle dérive ? La Tribune a posé la question à Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste chez BDO France, Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode et Raul Sampognaro, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
- Des budgets en déséquilibre depuis 1975
Cela fait 50 ans que la France n’a pas voté un budget en équilibre. Pour l’anecdote, le déficit public était de 2,9 % en 1975, selon l’Insee. Il devrait être de 5,4 % en 2025, selon la Banque de France. « Il ne faut pas oublier que la dette est un stock, rappelle Anne-Sophie Alsif. Et chaque budget voté en déficit constitue un flux qui vient grossir le stock de dette. » Pour reprendre le contrôle, il faudrait que le déficit public rapporté au PIB soit inférieur au solde stabilisant « qui est légèrement en dessous de 3 % du PIB aujourd’hui », pointe Anthony Morlet-Lavidalie. On comprend mieux pourquoi l’ancien gouvernement Bayrou souhaitait revenir en quatre ans, dès 2029, sous le seuil de 3 % de déficit. Mais l’instabilité politique rend aujourd’hui la tâche quasi-impossible. « Ce qui est vraiment inquiétant, c’est qu’on ne voit pas quand la dette va se stabiliser, reprend l’économiste chez Rexecode. À l’horizon 2035-2040, il paraît presque certain que le taux d’endettement avoisinera les 130 % ou 140 % du PIB. »
- Un poids trop important de la dépense publique
C’est l’éléphant au milieu de la pièce. Alors que le débat actuel se concentre sur la recherche de nouvelles recettes, Anthony Morlet-Lavidalie pointe le niveau de la dépense tricolore. « C’est simple, en 2000, les recettes publiques représentaient 51,3 % du PIB et nous avions 52 % de dépense publique. En 2024, les recettes étaient toujours au même niveau (51,4 %) mais les dépenses ont grimpé à 57 % du PIB. » « Plus que le niveau de la dépense, c’est la question de la dynamique qui est importante, pointe Raul Sampognaro à l'OFCE. Or, on sait que le vieillissement de la population pèse sur les retraites et la santé. Et que faute de ressources suffisantes, cela va creuser le déficit. »