Le déficit public britannique a fortement progressé en février, creusant l’inquiétude des économistes alors que la guerre au Moyen-Orient menace d’alimenter un nouveau choc énergétique.
Le Royaume-Uni voit ressurgir le spectre d’une équation budgétaire de plus en plus difficile à résoudre. Selon des données publiées vendredi par l’Office national des statistiques (ONS), le déficit public s’est creusé bien au-delà des attentes en février, au moment même où les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ravivent le risque d’un nouveau choc énergétique.
« Le secteur public a emprunté 14,3 milliards de livres (16,6 milliards d’euros) en février 2026 », a indiqué l’ONS, précisant que cela représente presque 7 milliards de plus que les projections officielles. Un écart significatif qui alimente les inquiétudes des économistes quant à la trajectoire des finances publiques britanniques.
Signaux préoccupants
Cette dégradation intervient dans un contexte de tensions accrues sur les marchés obligataires. Le taux d’emprunt à dix ans britannique a poursuivi sa hausse vendredi matin, atteignant environ 4,93 % vers 10H00 GMT, un niveau inédit depuis 2008. Déjà sous pression la veille après des signaux d’inflation persistante envoyés par la Banque d’Angleterre, ce rendement grimpe plus vite que celui des autres grandes économies européennes, traduisant une défiance accrue des investisseurs.
Face à ces signaux préoccupants, le gouvernement tente de rassurer. « En raison des choix que nous avons faits avant le début du conflit au Moyen-Orient, nous sommes mieux préparés à affronter un monde plus instable », a assuré dans un communiqué le secrétaire d’Etat au Trésor James Murray. Il met notamment en avant des prévisions d’endettement britannique « inférieur à la moyenne du G7 ».
Marge de manœuvre
Mais cette lecture optimiste est loin de faire consensus. Pour Ruth Gregory, économiste chez Capital Economics, les chiffres récents révèlent une fragilité structurelle : « la situation budgétaire était plus mauvaise que prévu avant même que l’impact de la flambée des prix de l’énergie ne se fasse pleinement sentir ». Une analyse qui souligne l’ampleur des défis à venir, alors que les tensions énergétiques pourraient encore s’intensifier.
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Dans ce contexte, la marge de manœuvre budgétaire du gouvernement apparaît de plus en plus contrainte. Ruth Gregory estime que cela limitera les options de l’exécutif dans l’hypothèse « où le conflit au Moyen-Orient s’aggraverait encore ». Elle doute notamment que Londres puisse déployer un soutien massif comparable à celui de 2022, lorsque les autorités avaient amorti le choc de la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine.
Trajectoire budgétaire en jeu
La situation place la ministre des Finances Rachel Reeves dans une position délicate. Entre la nécessité de préserver la crédibilité budgétaire du pays et celle de protéger le pouvoir d’achat des ménages, l’arbitrage s’annonce complexe. Pour Danni Hewson, analyste chez AJ Bell, Rachel Reeves est « prise entre le marteau et l’enclume ».
« L’instabilité géopolitique actuelle souligne avec force la nécessité d’augmenter les dépenses de défense, mais elle expose aussi les travailleurs ordinaires au risque d’une nouvelle poussée d’inflation », prévient-elle. Une double contrainte qui illustre les tensions auxquelles est confrontée la politique économique britannique.
Au-delà des chiffres mensuels, c’est bien la soutenabilité de la trajectoire budgétaire qui est en jeu. Si les prix de l’énergie devaient s’envoler durablement sous l’effet d’un conflit prolongé au Moyen-Orient, les finances publiques pourraient rapidement être mises sous pression, entre hausse des dépenses de soutien et ralentissement de l’activité.