Longtemps resté dans l'angle mort de la lutte contre le blanchiment d'argent et la fraude fiscale, le marché de l'art a vu ses règles se durcir seulement récemment. Certaines transactions internationales, comme celles constatées dans l'affaire Epstein, passent encore sous les radars.Une photo du prince Andrew, sonné, lors de son arrestation, exposée quelques minutes dans une salle au Louvre. Ce coup médiatique s’est déroulé dans le musée parisien le 22 février, à l’initiative d’activistes antimilliardaires, pour rappeler les liens du frère du roi d’Angleterre avec Jeffrey Epstein, l’homme des réseaux pédocriminels arrêté en juillet 2019, accusé de crimes sexuels par des centaines de femmes, avant qu'il soit retrouvé mort dans sa cellule en août.
L'action du collectif fait aussi écho à la place qu'occupe le marché de l’art, dans cette affaire aux rebondissements multiples. Comme l’ont révélé les 3 millions de fichiers publiés par le département de la Justice américain, Epstein a été un intermédiaire clé auprès de collectionneurs, de galeristes, d'artistes, de directeurs de musées… À l’image du président du conseil d’administration du Museum of Modern Art de New York (MoMA), Leon Black, conseillé par Epstein sur des montages d’optimisation fiscale liés à ses transactions d’art, afin de réduire l’imposition sur ses plus-values.
En France, Jack Lang, ancien président de l’Institut du monde arabe, et sa fille Caroline Lang sont cités. En 2016, celle-ci a cofondé avec le magnat new-yorkais une société offshore, Prytanee LLC, enregistrée dans les îles Vierges américaines. Une enquête préliminaire du parquet national financier vise aujourd’hui Jack et Caroline Lang pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». L'ancien ministre conteste toute implication dans la société.
Un secteur d'abord « réfractaire »
D’autres entités à Paris, où Epstein résidait, sont mentionnées : des maisons de vente (Tajan, Drouot-Richelieu, Artcurial, Sotheby’s Paris, Christie’s), des galeries à Saint-Ouen, des marchands d’art… Tous apparaissent sur des documents de transaction des fichiers. Une activité ultraconfidentielle d'achat-vente par des particuliers, sur laquelle, jusqu’à un tournant législatif, la transparence était loin d'être l'usage.