Le 13 janvier 2012, la perte du triple A, la note « parfaite » d'un emprunteur jugé sans risques par les marchés, avait été un psychodrame national. La décision de la plus respectée des trois grandes agences de notation financière, Standard & Poor's, de dégrader la note souveraine de la France avait même joué un rôle non négligeable dans les débuts de la campagne présidentielle, au grand dam de Nicolas Sarkozy. Treize ans plus tard, le contexte n'a plus rien à voir. La sanction infligée par Fitch vendredi dans la soirée - la perte du AA-, remplacé par un A+ - relève davantage de la demi-surprise que du traumatisme collectif.
Pour deux raisons essentielles. L'aggravation de l'instabilité politique, tout d'abord, marquée par la nomination d'un quatrième Premier ministre en un an, la division de l'Assemblée nationale en trois camps que tout oppose et la multiplication des conflits sociaux, avec la grève du 18 septembre, après la journée de mobilisation « Bloquons Tout » du 10. Mais aussi à cause de l'enchaînement sans fin de la dérive des finances publiques, entraînant une sorte de lassitude chez les Français comme chez les investisseurs internationaux, persuadés de l'incapacité du pays à s'extirper de ce cercle vicieux.
L'échec du plan d'économies présenté par François Bayrou le 15 juillet (44 milliards d'euros) a encore renforcé ce sentiment d'impuissance face à une dette colossale de 3 419 milliards d'euros, soit 114% du PIB (101% en 2017, lors du premier mandat d'Emmanuel Macron), qui fait de la France le troisième pays le plus endetté d'Europe, après la Grèce et l'Italie.