Terres rares : l’offensive de Trump en Asie, entre méga contrats et menaces douanières
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Un verger de durians dans une zone exploitée par des sociétés minières de bauxite à Kuantan, en Malaisie.
OCH/KR/..../ - REUTERS - Olivia Harris
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Un verger de durians dans une zone exploitée par des sociétés minières de bauxite à Kuantan, en Malaisie.
OCH/KR/..../ - REUTERS - Olivia Harris
Les accords signés par l’administration Trump avec plusieurs pays asiatiques ne sont pas un simple réajustement tarifaire ; il s’agit d’une manœuvre d’envergure pour débloquer le point de friction le plus sensible : l’accès aux terres rares et minerais critiques.
Alors que Pékin instrumentalise les restrictions à l’exportation de ces matériaux essentiels, les États-Unis signent deux protocoles d’accord avec Kuala Lumpur et Bangkok pour « renforcer la coopération » dans l’exploration, l’extraction et le raffinage.
L’initiative la plus musclée vient de l’accord-cadre conclu avec le Japon. Tokyo et Washington s’engagent à « sécuriser » leurs chaînes d’approvisionnement. Cet accord prévoit une coopération accrue et la mobilisation de capitaux. Dans les six mois, les deux alliés devront « identifier conjointement » des projets d’exploitation et de traitement pour combler les « lacunes » actuelles de leurs chaînes.
La Malaisie, de son côté, s’est déjà engagée à faciliter et accélérer l’exploitation de ces ressources sur son territoire, de concert avec des firmes américaines. L’objectif : établir des alternatives tangibles au monopole chinois.
C’est là l’illustration la plus spectaculaire de la stratégie « achats contre exemption » de Washington. L’accord commercial avec la Malaisie maintient la taxe douanière américaine de 19 % ciblant le pays, tout en accordant des exemptions, notamment pour de nombreux produits agricoles. En contrepartie, Kuala Lumpur a promis d’investir 70 milliards de dollars aux États-Unis sur la prochaine décennie.
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Le pays s’engage également à commander 30 Boeing (avec une option pour 30 supplémentaires) et à acheter pour 150 milliards de dollars de puces, de composants aérospatiaux et d’équipements de centres de données. Il devra aussi gonfler ses achats d’hydrocarbures américains. En échange, les produits industriels, automobiles et biens agricoles américains recevront un « accès préférentiel » au marché malaisien.
Malgré ces méga contrats, le dossier des semi-conducteurs reste une source majeure d’incertitude. La Malaisie est le sixième exportateur mondial de semi-conducteurs, qui représentent 40 % de ses exportations. Or, Donald Trump envisage toujours d’imposer des surtaxes sur les puces importées.
Pour Michael Wan, économiste de MUFG, « Les questions clés autour des tarifs sectoriels, notamment pour la pharmacie et l’électronique, continueront d’assombrir l’horizon des exportations asiatiques. » Cette menace tarifaire pèse lourdement sur la visibilité des exportateurs asiatiques, même après la signature des accords.
Avec le Japon, l’agenda s’élargit au-delà des minéraux critiques. Un protocole d’accord a été signé pour doper la coopération sur la construction navale, secteur où le Japon détient 14 % du marché mondial et rivalise avec la Corée du Sud face à la domination chinoise (50 % du marché). Un groupe de travail conjoint se penchera sur ce secteur stratégique pour Washington, désireux de rattraper son retard.
Le Japon a également publié la liste des secteurs qui bénéficieront des 550 milliards d’investissements promis aux États-Unis dans le cadre de l’accord commercial nippo-américain conclu en juillet. Les domaines du nucléaire et de l’intelligence artificielle y prédominent, ciblant les industries du futur.
En Thaïlande, un accord-cadre est aussi en cours de finalisation « dans les prochaines semaines ». Il prévoit notamment la commande de 80 avions américains pour 18,8 milliards de dollars ainsi que des achats accrus de biens agricoles et d’hydrocarbures américains. Les surtaxes douanières actuelles de 19 % seront assorties d’exemptions, en contrepartie de l’élimination des barrières douanières thaïlandaises.
Les accords avec le Vietnam et le Cambodge maintiennent la pression douanière, tout en sécurisant l’accès aux ressources et aux marchés. L’accord cambodgien maintient les droits américains « réciproques » de 19 % sur les exportations tout en ménageant des exemptions. En contrepartie, le pays s’engage à maintenir des droits de douane nuls sur les produits américains et à « autoriser et faciliter les investissements pour explorer, extraire, raffiner » les minéraux critiques et les ressources énergétiques.
Pour le Vietnam, l’accord-cadre maintient la surtaxe douanière américaine à 20 % – un niveau bien en deçà des 46 % qu’il risquait initialement. Washington accordera des droits nuls sur certains produits dont la liste n’est pas encore fixée. En échange, le Vietnam s’engage à donner un « accès préférentiel » aux exportations industrielles et agricoles américaines et à réduire ses barrières réglementaires. Vietnam Airlines a d’ores et déjà accepté de finaliser une commande de 50 Boeing pour environ 8 milliards de dollars.
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L’incertitude principale pour le Vietnam réside dans le concept de « transbordement ». L’accord de juillet prévoyait une surtaxe de 40 % sur les produits conçus ailleurs et ne faisant que transiter par le Vietnam pour échapper aux taxes contre la Chine. Or, l’absence de définition claire – notamment un seuil minimal de composants de pays tiers – crée une inconnue cruciale pour les industriels vietnamiens, très intégrés aux chaînes de production chinoises.
(Avec agences)
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