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Energie et Industrie

Creuser plus pour gagner moins : le casse-tête mondial du secteur minier

Photo de Julien Gouesmat

Julien Gouesmat

Publié le 27 octobre 2025 à 06:08 - Mis à jour le 27 octobre 2025 à 09:03

Activités minières de la Guinea Alumina Corporation en Guinée

Activités minières de la Guinea Alumina Corporation en Guinée

@GAC

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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En dépit d'une demande attendue en hausse et d'un intérêt croissant des fonds d'investissement et des états pour les métaux, les industriels miniers peinent à envisager l'avenir alors que la complexité géologique rend l'extraction plus coûteuse.

Dans une salle feutrée au cœur de Londres, Richard Holtum brise la torpeur. « Qui alimente vraiment la demande en métaux ? » interroge le directeur général de Trafigura, face au PDG de la London Metal Exchange. Dans l’assemblée, les têtes se redressent. « Nous parlons depuis 90 minutes et personne n’a encore mentionné l’intelligence artificielle : c’est génial », lance, sourire en coin, le puissant patron, comme pour rappeler que derrière ce mot très à la mode se cache une réalité industrielle plus complexe.

Selon les perspectives évaluées par de nombreux rapports ces dernières années, le secteur du numérique est amené à se montrer très gourmand en matières premières minérales : l’Ademe prévoit que d’ici 2050, la consommation d’yttrium bondira de 682 %, et celle du cuivre, du cobalt, du néodyme ou de l’étain de 50 % à 200 %. Et l’appétit ne s’arrête pas au numérique : la montée en puissance des armées occidentales devrait, par exemple, doubler les besoins en aluminium du Pentagone d’ici 2030.

À Londres, où les acteurs de la finance des métaux étaient réunis pour la LME Week, chacun se satisfait de constater un intérêt pour les métaux. La confiance règne, les ETF et fonds d’investissement ont clairement accru leur exposition au secteur minier au cours des deux dernières années. Mieux encore, les états « se réveillent (...) et découvrent que l’approvisionnement en métaux fait partie de leur sécurité nationale », insiste Richard Holtum.

Dans les couloirs des ambassades londoniennes qui accueillent des forums d’investissements en métaux, autour des tables des dîners de galas, ou dans les pauses-café entre deux conférences, les chuchotements sentent bon les bougies vertes et les courbes vers le haut. Seulement, les sourires londoniens masquent les visages nerveux des industriels des mines.

Chez les miniers, la complexité opérationnelle

Chaque année depuis 20 ans, le cabinet de conseil EY publie son baromètre des risques miniers. 500 décideurs industriels du monde entier sont invités à donner le pouls, et expliquer les enjeux qui, selon eux, sont aujourd’hui majeurs. Le cru 2025 offre un étonnant paradoxe : alors que la demande est annoncée à la hausse, que les fonds d’investissement se penchent sur les mines, que la géopolitique s’immisce dans les enjeux métalliques obligeant un nombre croissant d’institutions public à investir le secteur, la préoccupation première des industriels est la complexité opérationnelle.

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« Ces résultats sont un changement majeur », explique Moez Ajmi, associé chez EY et spécialiste du secteur minier. Derrière ce terme se cache avant tout une réalité géologique : les réserves et gisements faciles d’accès s’épuisent, la qualité du minerai diminue partout et la rentabilité devient plus dure à atteindre. Le constat est partagé par d’autres cabinets de conseil. 

« Il ne reste plus beaucoup d’endroits non explorés ou cartographiés : quelques zones désertiques ou sujettes à conflits géopolitiques récurrents ou encore les terres glacières. Ailleurs les meilleurs filons ont été largement exploités et les coûts d’exploitation augmentent en proportion inverse de la qualité des minerais restant », explique Dominique Gautier, associé chez Roland Berger.

En dépit de ce constat, les investissements dans l’exploration ont entamé leur deuxième année de baisse. À cela s’ajoute « l’absence de visibilité à long terme, qui rend les industriels nerveux », ajoute Moez Ajmi. Droits de douane, politisation des minerais, évolutions des critères environnementaux... Dans ces conditions, il devient difficile de bâtir des perspectives. Pourtant, « la géopolitique n’arrive qu’à la 7e place des risques, ce qui est une surprise » pour l’associé d’EY. La rapidité d’évolution des technologies offre également son lot d’instabilité. La « bascule » des batteries à base de cobalt (NMC) vers de nouveaux modèles à base de lithium (LFP) a-t-elle traumatisé le secteur ?

« Ça a marqué les esprits bien sûr, explique Moez Ajmi, il y a moins d’ambitions qu’avant. Ce que l’on constate c’est que désormais les industriels privilégient le court terme et veulent préserver leur liquidité ». 

Paradoxe dans le paradoxe, l’industrie minière, longtemps symbole du temps long et d’investissements décennaux est aujourd’hui concentré « sur ses résultats semestriels ». 

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Des coûts qui pèsent sur les marges

Dans ces conditions, il ne reste que peu de place pour la prise de risque, et l’ouverture de nouvelles mines, en dépit du besoin croissant. A contrario, est privilégiée l’amélioration de la productivité, notamment à l’aide de l’intelligence artificielle qui pourrait réduire les coûts de 10 à 15 % selon EY. D’autres préfèrent étendre les mines existantes plutôt que de débuter le chantier d’un nouveau site, dont l’investissement serait constitué pour moitié de mise en place d’infrastructures, à l'instar de l’immense mine de Simandou. Pour cette dernière, qui s’apprête à ouvrir en Guinée, plus de la moitié des 18,5 milliards de « Capex » a été fléchée vers la construction d’une ligne de chemin de fer nécessaire à l’exploitation. La logistique est donc amenée à occuper une place croissante dans les mines futures plus difficiles d'accès, à l'image du projet de Donald Trump en Alaska.

Ainsi évolue ce monde minier « à deux vitesses », selon les mots de Moez Ajmi. Car l’imbrication étroite des sphères financière et industrielle forme bien un seul et même univers où les anciens négociants sont devenus miniers, les miniers des raffineurs, et certains états se transforment en actionnaires. Cependant, selon la place des acteurs dans la chaîne de production, les regards divergent : courbe des prix pour les uns, courbures géologiques pour les autres.

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À la Bourse des métaux de Londres, le cuivre s’impose en roi

Le cuivre, qui concentre toute l’attention, est à lui seul un révélateur. Au moment où le métal rouge s’échange à près de 11 000 dollars la tonne, le bénéfice du premier extracteur mondial, le chilien Codelco, dégringole en raison des coûts d’exploitation et de sa dette. La réalité géologique l'emporte sur le prix : là où les gisements latino-américains affichaient des teneurs en cuivre supérieures à 2 %, elles peinent aujourd'hui à atteindre les 0,7 %. 

Des distinctions métalliques

Mais l’allégorie des deux vitesses n’en dit peut-être pas assez. Car, à la fracture entre finance et géologie pourrait s’en ajouter une autre, plus subtile : celle qui sépare les métaux eux-mêmes. Si le cuivre risque d'avoir du mal à suivre la cadence de la transition énergétique dans les prochaines années ; d’autres filières, comme le lithium ou le nickel galvanisés par la course aux batteries ont une offre largement excédentaire. À l’inverse, l’étain, le zinc ou le plomb, pourtant essentiels à l’industrie, peinent à séduire faute de perspectives claires.

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Enfin, troisième vitesse de cet univers minier, les raffineurs et fondeurs occupent une position singulière : maillon oublié mais cruciaux - « miner n'est pas important, les fonderies sont stratégiques », a déclaré Richad Holtum à Londres - confrontés à la fois à la volatilité des prix, aux contraintes énergétiques et à la nécessité de verdir leurs procédés. Car à mesure que les coûts miniers grimpent et que les teneurs s’épuisent, l’économie circulaire reprend l’avantage : l’aluminium se refond, le cuivre se régénère, et certaines applications substituent déjà des alliages plus légers ou des matériaux synthétiques. 

Julien Gouesmat

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