Extraction du coltan au Congo : « Cette injustice n'est pas acceptable »
Julien Gouesmat
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Image tirée du documentaire « Le sang et la boue » de Jean-Gabriel Leynaud.
Aniways
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Image tirée du documentaire « Le sang et la boue » de Jean-Gabriel Leynaud.
Aniways
Ce mercredi 27 août, sort en salles le documentaire Le sang et la boue, premier long-métrage documentaire de Jean-Gabriel Leynaud. Ce dernier nous plonge dans la vie des habitants de Numbi, petit village du Kivu dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) où une grande partie de la population vit de l'extraction du coltan, minerai essentiel aux téléphones portables et autres nouvelles technologies. Pour La Tribune, Jean-Gabriel Leynaud revient sur le tournage, le film et, plus largement, sur l'exploitation du coltan, qui alimente les conflits armés.
LA TRIBUNE - Votre film tourne autour du coltan et son extraction. Malgré des séquences particulièrement fortes, notamment des images dans les coulisses des exploitations, vous n'avez pas tourné ce film comme une enquête. Pourquoi ?
Jean-Gabriel Leynaud - J'avais déjà beaucoup tourné en Afrique, comme chef opérateur notamment. Ce que j'y ai découvert m'a profondément bouleversé. J'ai pris conscience d'une histoire méconnue : celle du plus grand conflit depuis la Seconde Guerre mondiale, dont on ne parle pourtant jamais. Ce qui m'a frappé, c'est que les gens avaient un immense besoin de raconter leur histoire, d'être entendus.
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Je me suis dit que leur histoire était profondément liée à la nôtre, mais que nous l'ignorions. Au début, j'abordais ces réalités sous l'angle macroéconomique, mais je me suis rendu compte que ça ne touchait pas les gens. Ce qui touche, ce sont les histoires individuelles : savoir que, derrière le coltan de nos téléphones, il y a un homme qui s'appelle Ujumbe, sa fille qui s'appelle Alliance, et ses conflits familiaux avec Rachel. Ce lien personnel change tout. Le cinéma documentaire a cette force : faire ressentir la vie des gens, plonger dans leur univers. Les enquêtes existent déjà et pour l'économie, un livre est sans doute plus adapté. Ce qui m'intéresse, c'est l'empathie, l'humain. C'est ce que j'ai ressenti en découvrant le village de Numbi. Il faut cinq heures de marche pour l'atteindre depuis la première route carrossable : même les motos doivent être portées. Quand on arrive, c'est le Far West : maisons en bois colorées, des armes partout, des prostituées. Et là, je découvre que des groupes ennemis depuis trente ans vivent ensemble, réunis par le coltan. Mon idée était simple : filmer la vie du village de la façon la plus intime possible, pour que les spectateurs découvrent l'autre face de notre consommation numérique. Je ne veux pas donner de leçon, mais montrer que nous sommes tous un peu responsables. Et je crois que connaître ces gens donne envie d'agir, de dire : cette injustice n'est pas acceptable, il faut que ça cesse.
Julien Gouesmat
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