Le blocage du détroit d’Ormuz booste le trafic et les recettes du canal de Panama

Le canal de Panama a vu son trafic augmenter de +9 % en mars par rapport à janvier, avant le blocage du détroit d'Ormuz.
© Agathe Perrier, La Tribune

Le canal de Panama a vu son trafic augmenter de +9 % en mars par rapport à janvier, avant le blocage du détroit d'Ormuz.
© Agathe Perrier, La Tribune
Le blocage depuis bientôt deux mois du détroit d’Ormuz au Moyen-Orient, par lequel transite d’ordinaire 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux, rebat les cartes du commerce mondial. Le canal de Panama, en Amérique centrale, a ainsi vu son trafic augmenter. 37 navires y sont passés en moyenne en mars, avec des pics à 40 certains jours, contre 34 en janvier, a indiqué mardi l’Autorité du canal (ACP) dans un communiqué. Soit une hausse moyenne de +9 % et de +18 % lors des pics.

Ces augmentations sont loin d’être anecdotiques pour les recettes du gestionnaire. Car les bateaux réservent leur passage en avance pour transiter par l’étroit bras de mer de 16 km de large pour 77 de long, permettant de relier l’océan Pacifique à l’Atlantique par la mer des Caraïbes. Ceux n’ayant pas de réservation doivent attendre en moyenne cinq jours. À moins de décrocher un créneau disponible attribué par enchère… moyennant un versement pouvant s’élever jusqu’à quatre millions de dollars (3,4 millions d’euros).
« Cette augmentation reflète des changements dans les schémas du commerce mondial et des facteurs géopolitiques qui affectent des routes clés », souligne l’ACP. Particulièrement du côté de l’Asie.
La Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud sont d’ordinaire les principaux importateurs du pétrole et du GNL produits par les pays du Golfe, qu’ils se font acheminer par le détroit d’Ormuz. Les tankers ne pouvant plus le traverser depuis le 28 février dernier, ces pays ont cherché des alternatives pour se fournir en combustibles.
C'est vers les États-Unis qu’ils se tournent désormais. Pétrole et GNL étant produits au Texas et en Louisiane, deux États du sud bordés par le golfe du Mexique, le passage par le canal de Panama s’avère la voie maritime la plus courte pour rejoindre l’Asie.
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En temps normal, près de 12 500 navires traversent chaque année le canal de Panama, d’après le site expert de géographie Géoconfluences. Ce qui en fait le 14ᵉ passage le plus fréquenté au monde, représentant environ 5 % du commerce maritime international. Les conteneurs sont d’ordinaire majoritairement remplis de marchandises électroniques, de voitures, de soja ou de maïs.
Ces flux supplémentaires via le canal de Panama ne pourront pas continuer éternellement. Le passage de plus de 40 navires quotidiens n’est « pas soutenable sur la durée », a prévenu en mars Ilya Espino de Marotta, une responsable d’ACP, dans une interview à la chaîne Telemetro. La complexité et la lenteur du système d’écluses du canal empêchent de pouvoir aller au-delà de ce niveau. « Nous avions prévu environ 34 passages (de navires) par jour » pour cette année, a-t-elle précisé.
Sans déblocage du détroit d’Ormuz ou une nouvelle alternative, la situation risque de peser lourdement sur les économies asiatiques. La Banque asiatique de développement a déjà prévenu, mi-avril, que la guerre au Moyen-Orient allait entraîner un ralentissement de la croissance dans la région en 2026 et 2027, à +5,1 %.
Et cette prévision pourrait être encore pire. À savoir une croissance de +4,7 % en 2026 puis +4,8 % l’année suivante, si le conflit s’enlise au-delà du troisième trimestre.
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