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Au-delà du détroit d'Ormuz, ces autres verrous maritimes qui font trembler le commerce mondial

Photo de Agathe Perrier

Agathe Perrier

Publié le 17 avril 2026 à 06:00 - Mis à jour le 17 avril 2026 à 08:47

Si la navigation n’est, pour le moment, pas physiquement gênée dans la mer Rouge, la tension y est néanmoins particulièrement forte depuis plusieurs années.

Si la navigation n’est, pour le moment, pas physiquement gênée dans la mer Rouge, la tension y est néanmoins particulièrement forte depuis plusieurs années.

© Agathe Perrier, La Tribune

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18 juillet 2026

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CARTES. Alors qu’il bloque le détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, l’Iran a menacé mercredi de paralyser le trafic en mer Rouge. Cette voie maritime stratégique pour relier les continents américain et européen à l’Asie est aussi perturbée depuis plus de deux ans.

Les tensions sont encore montées d’un cran dans les eaux du Moyen-Orient. Après le détroit d’Ormuz, l’Iran a menacé mercredi de bloquer le transit des marchandises en mer Rouge. Une annonce en guise de représailles au blocus appliqué par les États-Unis sur les ports iraniens depuis lundi.

Le général Ali Abdollahi, chef du commandement des forces armées iraniennes, a été clair. Si les États-Unis maintiennent leur blocus maritime, alors « les puissantes forces armées de la République islamique ne permettront aucune exportation ou importation dans le golfe Persique, en mer d'Oman ou en mer Rouge », a-t-il déclaré selon un communiqué diffusé par la télévision d’État.

La navigation dans le golfe Persique et en mer d’Oman est actuellement très compliquée puisque ces eaux sont reliées par le détroit d’Ormuz. En mer Rouge, la tension y est particulièrement forte depuis plusieurs années.

Pression accrue sur le détroit de Bab el-Mandeb

Les 355 km de large de la mer Rouge séparent l'Afrique de la péninsule Arabique. Longue de 2 250 kilomètres, elle se jette au sud dans l’océan Indien par le golfe d’Aden, en passant par le détroit de Bab el-Mandeb.

Par ce bras de mer transitent d’ordinaire quelque 27 000 navires chaque année, d’après le site expert de géographie Géoconfluences, dont une grande partie de pétroliers. Ce qui en fait le septième passage le plus fréquenté au monde – juste devant le détroit d’Ormuz et ses 20 000 bateaux annuels.

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Reste que la situation autour du détroit de Bab el-Mandeb s’est tendue ces trois dernières années. À la suite des attaques du Hamas du 7 octobre 2023 contre Israël et de la poursuite de la guerre à Gaza, les rebelles houthis – alliés de l’Iran qui contrôlent une large partie de l’ouest du Yémen, pays bordant le sud de la mer Rouge – ont multiplié les attaques contre la marine marchande dans les eaux de ce passage stratégique (détournements de navires, saisies, attaques de drones ou de missiles…).

En temps normal, quelque 27 000 navires transitent chaque année par le détroit de Bab el-Mandeb.
En temps normal, quelque 27 000 navires transitent chaque année par le détroit de Bab el-Mandeb. (Crédits : © Agathe Perrier, La Tribune)

Ce climat de tension a entraîné une baisse drastique des volumes passant par le détroit de Bab el-Mandeb. Le nombre de barils de pétrole et de produits pétroliers a, par exemple, été divisé par deux, passant de 9,3 millions en 2023 à 4,2 millions de barils par jour au premier semestre 2025, d’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE). C’est pire encore pour le gaz naturel liquéfié (GNL) : les flux sont quasi nuls alors que 4,2 milliards de pieds cubes y transitaient chaque jour en 2023.

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Les tensions se sont apaisées courant 2025, à la suite du cessez-le-feu passé entre les rebelles yéménites et les États-Unis, en mai, puis entre Israël et le Hamas, en octobre. Mais la pression est remontée d’un cran avec le déclenchement des hostilités entre Israël, les États-Unis et l'Iran fin février. D’autant plus que l’Iran a, fin mars, menacé d’ouvrir un « nouveau front » au niveau du détroit de Bab el-Mandeb en cas d’invasion américaine terrestre sur le sol iranien.

De leur côté, les Houthis sont entrés dans le conflit également fin mars en lançant des attaques contre Israël en soutien à leur allié iranien. Ils n’en ont toutefois pas engagé d’autres depuis le début du mois d’avril.

Au canal de Suez, une reprise du trafic déjà menacée

Autre vent d’inquiétude au nord de la mer Rouge, où ces eaux rejoignent celles de la Méditerranée par le canal de Suez. Cette voie navigable artificielle d'environ 190 km de long, au nord-est de l’Égypte, est un raccourci avantageux pour les navires reliant le continent américain aux pays asiatiques, et surtout ceux allant de l’Europe à l’Asie. En temps normal, il polarise 15 % du trafic maritime mondial, selon Géoconfluences, et s’affiche comme le huitième passage le plus fréquenté au monde, avec un peu moins de 27 000 navires annuels.

Près de 27 000 navires passent en temps normal par le canal de Suez.
Près de 27 000 navires passent en temps normal par le canal de Suez. (Crédits : © Agathe Perrier, La Tribune)

Bien que non directement visée par des attaques, la navigation par le canal de Suez a été perturbée par les tensions autour du détroit de Bab el-Mandeb. Les navires qui s’y engouffraient habituellement en direction de l’Asie n’avaient d’autre choix que de passer ensuite par le détroit de Bab el-Mandeb. En raison des tensions suscitées par les attaques des Houthis, les bateaux ont préféré prendre une autre voie plus longue, en contournant l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

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Le trafic du canal de Suez s’est par conséquent effondré ces deux dernières années. Il a chuté de -66 % entre 2023 et 2024, passant de 156 à 52 millions de tonnes de transit, avant de se stabiliser à ce niveau en 2025 (52 millions de tonnes). 12 800 navires y sont passés sur l’ensemble de 2025, soit deux fois moins qu’avant.

À cause des attaques menées par les rebelles houthis du Yémen, les navires ont évité la mer Rouge entre 2023 et 2025, préférant passer par le cap de Bonne Espérance.
À cause des attaques menées par les rebelles houthis du Yémen, les navires ont évité la mer Rouge entre 2023 et 2025, préférant passer par le cap de Bonne Espérance. (Crédits : © Agathe Perrier, La Tribune)

Les compagnies maritimes y ont fait leur retour à partir de la fin de l’année 2025, après l’apaisement du climat géopolitique dans la zone. Le trafic était ainsi reparti à la hausse en ce début d’année (+5,7 % de navires par rapport à 2025, d’après le média spécialisé Mer et Marine). Une reprise menacée par la situation au détroit d’Ormuz, qui a d’ailleurs déjà eu pour conséquence de détourner de nouveau les navires de la mer Rouge vers la voie plus apaisée du cap de Bonne-Espérance.

Bloquer des détroits, un acte « illégal »
Le blocus par l’Iran du détroit d’Ormuz, en vigueur depuis fin février en représailles des attaques israélo-américaines, tout comme le contre-blocus américain instauré depuis lundi, sont illégaux. « C’est illégal d'imposer des blocus à la marine marchande », selon la Convention de l'ONU sur le droit de la mer, a récemment relevé auprès de l’AFP Elisabeth Braw, experte de l'Atlantic Council, think tank américain spécialisé dans les relations internationales.
Le principe de la liberté de circulation maritime est en effet reconnu dans les détroits internationaux, rappellent Catherine Biaggi et Laurent Carroué dans un dossier en ligne paru sur Géoconfluences, site expert de géographie. Cette garantie vaut pour tout navire, civil et militaire, sans demande préalable à adresser à l'État côtier.
Des conditions doivent néanmoins être respectées, précisent les experts. Le passage en transit doit notamment être « inoffensif, continu et rapide », c’est-à-dire qu’il s’effectue sans porter « atteinte à la paix, au bon ordre ou à la sécurité de l'État côtier ». C’est en outre à l’État côtier d’assurer la sûreté et la sécurité de la navigation dans le détroit.

Agathe Perrier

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