Kevin Warsh, le favori de Trump pour diriger la Fed et imposer des taux à 1 %
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Kevin Warsh lors de la Sohn Investment Conference à New York, en 2017.
REUTERS/Brendan McDermid
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Kevin Warsh lors de la Sohn Investment Conference à New York, en 2017.
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À 55 ans, Kevin Warsh incarne l’alternative parfaite à l’économiste académique. Ex-banquier de Morgan Stanley, ancien conseiller économique de George W. Bush, puis gouverneur de la Fed de 2006 à 2011, il symbolise la passerelle entre Washington et Wall Street.
Républicain assumé, il conjugue finesse politique et connaissance intime des acteurs financiers. Cette synthèse fait de lui le profil stratégique rêvé pour Donald Trump, qui exige désormais d’un président de la Fed qu’il le consulte avant toute décision monétaire.
Pendant la crise financière, Warsh a tenu une place centrale à la Fed. Il fut le relais direct entre Ben Bernanke et les dirigeants de Wall Street, participant aux tractations qui ont permis de sauver Goldman Sachs et Morgan Stanley.
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Sa légitimité repose sur sa proximité avec le réel : plus « opérateur de marché » que macroéconomiste, il met en avant une compréhension pratique de la finance et du fonctionnement des banques plutôt qu’une vision abstraite de la monnaie.
Longtemps critique du quantitative easing (achat massif par la banque centrale de la dette publique ou d'autres actifs financiers afin d'injecter de l'argent dans l'économie et de stimuler la croissance) — qu’il considérait comme une dérive inflationniste et un encouragement à la spéculation — Warsh s’est repositionné.
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Sous l’impulsion de Trump, il prône aujourd’hui une Fed expansionniste, favorable à des taux proches de 1 %, quitte à rompre avec l’orthodoxie monétaire. Ses propos récents à la Maison-Blanche confirment un alignement presque total sur la ligne présidentielle : « Il faut baisser les taux. »
La désignation de Warsh consacrerait la vision la plus interventionniste jamais assumée par un président américain. La « feuille de route Trump » inclurait notamment un objectif de taux directeurs fixés autour de 1 %, voire en dessous ; une priorité donnée au financement de la dette publique plutôt qu’à la lutte contre l’inflation ; et une concertation régulière avec la Maison-Blanche sur la politique monétaire.
Cette orientation fait vaciller un pilier de l’économie mondiale : l’indépendance de la Réserve fédérale. Warsh, fin stratège, semble prêt à endosser une présidence politique, “disciplinée mais alignée”, selon les mots d’un proche.
Pour Trump, la logique est simple : des taux plus bas allègent la charge d’une dette publique à 30 000 milliards de dollars et dopent la croissance à court terme. Mais à trop vouloir une Fed docile, Washington pourrait ouvrir la voie à une dérive : sacrifier l’autorité monétaire sur l’autel du cycle électoral.
Warsh, s’il est nommé, incarnerait cette rupture — une Fed instrumentalisée, tournée vers la relance immédiate plutôt que vers la stabilité de long terme.
En 2017, Kevin Warsh avait déjà été auditionné pour succéder à Janet Yellen, avant que Trump ne choisisse finalement Jerome Powell — un choix qu’il regrette aujourd’hui.
Huit ans plus tard, l’ancien banquier revient dans le jeu. S’il accède à la présidence de la Fed en 2026, il ne sera plus l’homme de la prudence monétaire, mais l’artisan d’une Fed sous influence politique, façonnée selon le modèle trumpien : loyale, actionniste et prête à rompre avec un siècle d’indépendance.
Hassett, l'autre Kevin favori de Trump
À 63 ans, Kevin Hassett incarne le versant universitaire et idéologique de l'influence économique sur Trump. Docteur en économie, ancien professeur à Columbia et penseur de l'American Enterprise Institute, il symbolise l'alliance entre l'académie républicaine et la Maison-Blanche trumpienne.
Contrairement à Warsh, banquier opérateur, Hassett est d'abord un idéologue. Ses convictions en matière de fiscalité et de dérégulation font de lui le champion des politiques du « capital va où il est bien traité ». Il a façonné la réforme fiscale de 2017 et défend une vision où les impôts bas constituent la panacée économique.
Hassett a construit sa carrière dans les institutions du conservatisme américain. Après un passage à la Fed (1992-1997), il s'installe à l'AEI où il devient consultant pour les candidats républicains. Cette trajectoire le pose en homme de réseaux au sein de la nébuleuse conservatrice.
Hassett excelle là où Warsh est discret : la communication publique. Président du Conseil des conseillers économiques (CEA) lors du premier mandat de Trump, il fut le défenseur médiatique principal de la politique présidentielle, peuplant les plateaux de Fox et Bloomberg. Cette familiarité avec le spectacle politique en fait un communicateur plus agile que Warsh.
Hassett promeut une croissance transformatrice via l'IA, justifiant ainsi des baisses de taux sans surchauffe inflationniste. Cette rhétorique le rapproche des thèses tech-optimistes de Trump.
Directeur du Conseil économique national (NEC) depuis janvier 2025, Hassett coordonne l'ensemble de la politique économique trumpienne.
Comme Warsh, Hassett pose la question de l'indépendance de la Fed. Mais il a critiquement commenté la Fed ces derniers mois, semblant accepter d'avance une subordination à la volonté présidentielle.
Si Warsh représente le banquier averti qui politiserait la Fed avec sophistication, Hassett incarne l'idéologue conservateur qui l'adapterait aux priorités de court terme via un consensus intellectuel pro-relance. Les deux constituent une rupture avec l'indépendance de l'institution.
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