Nomination de Stephen Miran à la Fed : Trump poursuit sa politique de déstabilisation

Le président américain a nommé Stephen Miran, son conseiller économique, à un des postes de gouverneur de la Réserve fédérale américaine (Fed).
Reuters

Le président américain a nommé Stephen Miran, son conseiller économique, à un des postes de gouverneur de la Réserve fédérale américaine (Fed).
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Le loup dans la bergerie ? Le président américain a nommé Stephen Miran, son conseiller économique, à l'un des postes de gouverneur de la Réserve fédérale américaine (Fed). Ce proche du milliardaire républicain fera désormais partie des douze représentants à avoir un droit de vote concernant la politique monétaire des États-Unis. Le poste est devenu vacant après la démission surprise d'une gouverneure, Adriana Kugler, annoncée la semaine dernière.
« Stephen est titulaire d'un doctorat en économie de l'université Harvard et s'est distingué lors de mon premier mandat. Il m'accompagne depuis le début de mon deuxième mandat et son expertise dans le domaine de l'économie est sans égale. Il fera un travail remarquable », a notamment écrit Donald Trump sur son réseau Truth social.
Une nomination temporaire jusqu'au 31 janvier 2026, a cependant précisé le locataire de la Maison-Blanche, qui compte « rechercher un remplaçant permanent » pour la suite.
Cette nomination intervient à point nommé pour le milliardaire républicain qui mène une guerre à l'actuel président de la banque centrale américaine, Jerome Powell. Il reproche à celui qu'il surnomme « Jerome 'too late' Powell » de ne pas baisser assez rapidement les taux d'intérêt pour soutenir l'économie américaine alors que le président mène son offensive commerciale.
Or « Stephen Miran est, lui, favorable à une baisse des taux et a déjà critiqué fortement Powell », commente pour La Tribune, Alexandre Baradez, analyste chez IG. En mars 2024, Miran a d'ailleurs cosigné un article critique l'égard de la Fed. « La gouvernance actuelle de la Fed a favorisé une pensée de groupe qui a conduit à d'importantes erreurs de politique monétaire », peut-on lire dans l'introduction.
Docteur en économie à Harvard, l'homme de 41 ans s'est fait surtout connaître par une note de prospective écrite pour le fonds Hudson Bay Capital et intitulée Guide de l'utilisateur pour restructurer le système commercial mondial. On y trouve ce qui va constituer la « doctrine Miran ». Pour l'économiste, le dollar est surévalué, ce qui nuit à l'industrie manufacturière et creuse le déficit commercial. Pour régler ce problème, la solution est toute trouvée : mettre en place des droits de douane.
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Mais Miran va encore plus loin en prônant une dépréciation du billet vert. Il souhaiterait ainsi conclure un « accord de Mar-a-Lago » (le nom de la propriété de Donald Trump en Floride) pour parvenir à un accord sur les monnaies avec les autres pays « en échange d'une réduction des droits de douane ».
Néanmoins, la nomination de Miran ne signifiera pas que la Fed va assouplir sa politique monétaire autant que le souhaite Donald Trump. Pour rappel, il n'aura qu'une voix sur douze. D'autant que la banque centrale américaine est indépendante de l'exécutif.
Pour autant, sa nomination rajoute de l'instabilité au sein de l'institution monétaire. Outre la pression de Trump sur Jerome Powell, n'hésitant pas à le traiter d'« imbécile obstiné » et la démission d'une gouverneure, des dissensions internes ont également éclaté au sein de la banque centrale. Lors de la dernière réunion la semaine dernière qui a décidé de maintenir les taux au même niveau, deux gouverneurs, Michelle Bowman et Christopher Waller, ont voté contre.
Christopher Waller ferait d'ailleurs parti des candidats de Trump pour succéder à Jerome Powell en 2026, selon une information tombée jeudi de l'agence Bloomberg. Lui, ainsi que Kevin Hassett et Kevin Warsh, également des proches du président américain et favorable à des baisses de taux.
« Si Trump fait son choix en avance, et qu'il nomme Waller, il pourrait y avoir une espèce de double présidence au sein de la Fed, avec Miran qui tient aussi un discours différent, ce serait la cacophonie », argue Alexandre Baradez. « Les messages de Powell risquent d'être parasités par ceux de Miran et de Waller », complète-t-il.
Les marchés n'ont pas réagi favorablement à la possible nomination de Waller. « S'il est perçu comme trop accommodant alors que l'inflation n'est pas encore contrôlée, le risque est que les taux se retendent », argue l'économiste d'IG. D'autant que « les influences d'ordre politique au sein des institutions sont très mal perçues par les milieux financiers ». Rien n'est encore joué : Jerome Powell a bien été nommé par Donald Trump lors de son premier mandat, ce qui avait suscité alors une volée de critiques. Il s'est pourtant rapidement écarté du républicain.
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En attendant, les marchés anticipent une baisse des taux de 0,25 point de pourcentage en septembre. Encore loin des 3 points que souhaiterait Donald Trump. D'ici là, les chiffres de l'inflation qui doivent tomber en août pourraient rebattre les cartes.
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