ENTRETIEN. L'escalade au Moyen-Orient profite à Moscou via la hausse des cours du brut et du gaz. Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe et chercheur associé à l’Iris, analyse les gains budgétaires russes et l'impact direct sur l'aide à l'Ukraine.LA TRIBUNE. L’Inde va de nouveau pouvoir importer du pétrole russe, les États-Unis ayant levé les sanctions pour un mois. En quoi cela va-t-il être profitable à Moscou ?
Igor Delanoë. Cela sera profitable car l’Inde avait été l’objet de pressions américaines l’an dernier pour cesser ses importations de brut russe ; or elle va les augmenter. New Delhi importait jusqu’à 40 % de son pétrole de Russie en 2025 en bénéficiant de rabais avantageux de la part de Moscou. Donald Trump a fini par avoir gain de cause et les achats indiens ont diminué sur le dernier trimestre 2025.
La reprise des importations indiennes sera d’autant plus profitable pour la Russie que le rabais consenti aujourd’hui sur le prix du baril sera bien moins important qu’en 2025 : probablement de l’ordre de 5 dollars par baril, contre une remise qui pouvait aller jusqu’à 15 dollars l’année dernière.
Plus largement, la Russie tire-t-elle son épingle du jeu du conflit actuel au Moyen-Orient concernant l’exportation de ses produits pétroliers ? En quoi le conflit peut-il l’avantager ?
Il y a un avantage à court terme avec l’augmentation du prix du Brent (coté à 83 dollars vendredi matin), et donc du prix du baril russe d’Urals. Des pays comme la Chine et l’Inde vont augmenter le volume de leurs importations, ce qui va apporter du répit au budget fédéral, chahuté par le prix trop bas des hydrocarbures en 2025.