Souveraineté économique : le Quai d'Orsay annonce la création d'une direction dédiée

Jean-Noel Barrot face aux 160 ambassadeurs ce 9 janvier.
Julien Gouesmat

Jean-Noel Barrot face aux 160 ambassadeurs ce 9 janvier.
Julien Gouesmat
Les rires des ambassadeurs à la vue des caricatures du dessinateur Jul ne résonnent plus dans la salle de conférence du ministère des Affaires étrangères et de l'Europe. L'an dernier, en hommage aux attentats de Charlie Hebdo, le satiriste avait été invité pour croquer l'annuelle conférence des ambassadrices et ambassadeurs.
Pour cette 31e édition, l'heure n'est plus à la rigolade. Le ministre Jean-Noël Barrot évoque une « bascule géopolitique et cognitive ». Après une année mouvementée sur le plan commercial, le locataire du Quai d'Orsay a donné la part belle aux mutations économiques en cours et proposé de nouvelles solutions.
Que réserve le cru 2026 à la France ? L'agenda est déjà chargé : le sommet Afrique-France à Nairobi en mai, le prolongement des négociations sur le sort de l'Ukraine, le risque d'ingérences étrangères lors des élections municipales de mars et surtout la présidence du G7 en 2026 au cours de laquelle la France entend s'emparer « de la question des grands déséquilibres mondiaux et de leur résolution ». Au programme, notamment : la surproduction chinoise, le sous-investissement européen, le surendettement américain et le sous-développement des pays les moins avancés ont été mentionnés par le ministre. Face aux menaces de l'extérieur et à la crise démocratique, ce dernier estime également qu'« on vit mieux en Europe que dans les autres régions du monde. Mieux qu'en Chine et aux États-Unis ».
L'Europe a naturellement trouvé une large place dans le discours. Dans le secteur de la technologie et de l'innovation, Jean-Noël Barrot a plaidé pour une « mise en commun schumanienne », avec l'Allemagne, « de notre puissance de calcul, de nos talents, de nos données », particulièrement pour l'intelligence artificielle et le quantique.
Face au « chantage commercial » mais aussi à la « maîtrise quasi exclusive par quelques grandes puissances des points névralgiques de notre économie, des infrastructures numériques, de l'intelligence artificielle, des terres rares, des minerais critiques », le patron des ambassadeurs s'inquiète du risque de rupture d'approvisionnement. S'il a salué le travail de la diplomatie économique, il a également annoncé un changement de méthode. Jeudi, face aux mêmes émissaires de la France à travers le monde, le président de la République avait appelé à ce qu'« au-delà de la réforme de la direction de la diplomatie économique, on bâtisse une stratégie pays-secteur beaucoup plus claire et offensive ».
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Détaillant les annonces du chef de l'État, le ministre des Affaires étrangères et de l'Europe a ainsi annoncé la création de la direction de la souveraineté et de la sécurité économique. Cette dernière prendra le relais de la direction de la diplomatie économique, et aura pour mission « d'ouvrir des débouchés nouveaux aux secteurs les plus menacés, de sécuriser les approvisionnements critiques pour la vie de la nation, de veiller en lien avec les services des lois pour respecter les règles qui s'imposent au marché unique ». Avec la direction générale des douanes, cette nouvelle composante du Quai d'Orsay en sera « le bras armé », et ses contours seront annoncés dans les prochaines semaines. Par ailleurs, face à « certains partenaires (qui, NDLR) ne se gênent pas pour articuler tous les moyens à leur disposition et défendre leur résilience économique, leur intelligence économique. Je veux donc que nous montions en régime sérieusement dès 2026 sur ce sujet », a-t-il annoncé. Déjà, en fin d'année dernière, la Direction de la diplomatie économique - placée sous l'autorité de la Direction générale de la mondialisation - avait connu un important remaniement suite à l'éviction de son directeur Ludovic Pouille.