Entre transition énergétique et réindustrialisation des pays développés, les minerais et matières premières stratégiques rebattent les cartes des échanges mondiaux.
Des bennes remplies de déchets à perte de vue. Sur la commune de Muret (Haute-Garonne), la Sovamep multiplie la récupération de cartes électroniques pour recycler les métaux précieux qu'elles renferment : cuivre, or, platine, ou encore palladium et argent. La PME va investir plusieurs millions d'euros pour réinjecter dans le circuit industriel ces gisements.
Dans le même temps, Washington a conditionné son soutien militaire à l'Ukraine à l'échange d'un accès au sous-sol du pays partiellement occupé par la Russie. Plus récemment, la Chine a restreint ses exportations de terres rares, marché sur lequel elle est ultradominante, via l'instauration de nouvelles procédures administratives.
Cette démarche a provoqué un vent de panique dans l'industrie mondiale, craignant d'être à court d'aimants permanents et poussant au ralentissement des usines. La Chine a construit sa puissance économique d'aujourd'hui en investissant particulièrement dans l'extraction minière, mais aussi le raffinage de nombreux minerais stratégiques. Une étape cruciale avant l'usage final de la matière première.
La Chine au centre des enjeux
Selon un rapport du Global Sovereign Advisory (GSA), pas moins de 99 % des approvisionnements en terres rares de l'Union européenne étaient assurés, en 2023, par la Chine. Même constat, à 93 %, pour le magnésium et la liste pourrait encore s'allonger sur d'autres minerais, plaçant dès lors l'Empire du Milieu comme incontournable pour affronter les défis de l'humanité de demain.
« Il faut prendre en compte le contexte global qui est celui de la transition énergétique, observe Yves Jégourel, professeur titulaire de la chaire d'économie des matières premières et des transitions durables au CNAM et directeur du CyclOpe, un rapport annuel sur les matières premières. Cette transition repose sur cinq piliers. Tout d'abord l'électromobilité, les énergies renouvelables et bas carbone, puis une plus forte demande en électricité. Donc il faut plus de réseaux électriques et plus d'infrastructures de stockage. Et de manière systématique, ces piliers vont appeler à une demande très importante de ressources minérales, elle va même exploser. Les deux derniers piliers, le recyclage et la sobriété de matières, vont jouer un rôle déterminant mais ils ne suffiront pas à apaiser les tensions créées par les trois premiers. Le monde de demain sera le monde des métaux et minerais stratégiques. »
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