Iran : la colère monte face à l’hyperinflation et à la chute de la monnaie
latribune.fr
L’économie pâtit du rétablissement fin septembre par l’ONU des mesures punitives internationales levées il y a dix ans, liées au programme nucléaire de l’Iran.
Entre un rial qui s’effondre au marché noir et le retour des sanctions de l’ONU, l’économie iranienne s’enfonce dans l’impasse. Alors que la grogne gagne les universités, le pouvoir oscille entre compréhension apparente et menaces de fermeté.
La grogne monte en Iran. Des manifestations spontanées contre l’hyperinflation et le marasme économique ont débuté dimanche dans le plus grand marché de téléphonie mobile de la ville, avant de gagner en ampleur. L’économie, déjà fragilisée par des décennies de sanctions occidentales, pâtit également du rétablissement fin septembre par l’ONU des mesures punitives internationales levées il y a dix ans, liées au programme nucléaire de l’Iran. Dans ce contexte, le rial a encore atteint dimanche un plus bas historique face au dollar, selon le taux informel pratiqué au marché noir, à plus de 1,4 million de rials pour un dollar (contre 820 000 il y a un an) et 1,7 million pour un euro (contre 855 000).
La monnaie iranienne s’est légèrement renforcée en début de semaine. Mais cette dépréciation chronique entraîne une hyperinflation et une forte volatilité en Iran, où certains prix augmentent fortement du jour au lendemain. La situation paralyse les ventes de certains biens importés, les vendeurs comme les acheteurs préférant reporter toute transaction en attendant d’y voir plus clair.
Une augmentation de 20 % des salaires
Le président iranien Massoud Pezeshkian a affiché dimanche sa détermination à combattre l’inflation et la vie chère, lors d’une présentation au Parlement du budget pour l’an prochain. Le texte prévoit notamment une augmentation de 20 % des salaires, un taux qui reste toutefois bien en deçà de celui de l’inflation. Cette dernière s’élevait en décembre à 52 % sur un an, selon le Centre de statistiques d’Iran, un organisme officiel. Mardi, au troisième jour de ce mouvement lancé par des commerçants, des manifestations étudiantes ont éclaté dans au moins dix universités à Téhéran et dans plusieurs villes du pays, selon les agences de presse Irna et Ilna. Dans la capitale, les protestations des commerçants sont toutefois restées limitées en nombre, et concentrées dans le centre. L’immense majorité des magasins ailleurs dans la ville ont poursuivi leur activité, selon l’AFP. Ce mercredi, les rues de Téhéran étaient calmes, loin de la circulation chaotique habituelle, au lendemain de la décision des autorités de fermer écoles, banques et établissements publics, en raison du froid et pour économiser l’énergie. En milieu de matinée, les médias iraniens n’avaient pas fait état de nouvelle manifestation.
La mise en garde du procureur général de la République islamique
Le pouvoir judiciaire iranien fera preuve de « fermeté » si les manifestations contre la vie chère dans le pays sont instrumentalisées à des fins de « déstabilisation », a mis en garde ce mercredi le procureur général de la République islamique. « Du point de vue judiciaire, les manifestations pacifiques pour la défense des moyens de subsistance (…) sont compréhensibles », a déclaré Mohammad Movahedi-Azad.
« Toute tentative visant à transformer les manifestations économiques en un outil d’insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l’étranger sera inévitablement suivie d’une réponse légale, proportionnée et ferme », a-t-il ajouté.
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Le Mossad, le service de renseignement extérieur israélien, a invité sur le réseau social X les protestataires iraniens à intensifier leur mobilisation sociale, affirmant être présent avec eux « sur le terrain », dans un message repris mercredi en hébreu.
Sans commune mesure avec les manifestations de 2022
Ce mouvement de grogne contre la vie chère est à ce stade sans commune mesure avec les grandes manifestations qui avaient secoué l’Iran fin 2022, après la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune iranienne.
Son décès, à la suite d’une arrestation pour un voile prétendument mal ajusté, en infraction avec le strict code vestimentaire en vigueur en Iran, avait soulevé une vague de colère au cours de laquelle plusieurs centaines de personnes avaient trouvé la mort, dont des dizaines de membres des forces de sécurité. En 2019, des manifestations avaient aussi éclaté en Iran après l’annonce d’une forte hausse du prix de l’essence. La contestation avait alors touché une centaine de villes, dont Téhéran, et fait des dizaines de morts.