Spécialiste du budget européen, Fabienne Keller (Renaissance) plaide pour la mise en place de nouvelles ressources propres à l’UE. Objectif ? Financer le budget XXL de 2000 milliards d’euros et moins dépendre des États. L’élue du bloc macroniste plaide également pour une taxe sur les superprofits des énergéticiens.LA TRIBUNE — Le Parlement européen a réclamé une rallonge de 10 % pour le budget européen de long terme sur la période 2028-2032. Cela représente une enveloppe de 2000 milliards d’euros contre les 1 800 milliards proposés par la Commission. Quel est l’objectif de ce budget ?
FABIENNE KELLER — Nous avons voulu un budget pour une Europe puissance. C’est un budget capable de soutenir l’agriculture ou la cohésion mais aussi la défense ou la compétitivité. Il est nécessaire pour soutenir notre modèle qui garantit l’éducation, la santé ou encore les infrastructures et protège les libertés. La proposition du Parlement au Conseil consiste à sortir le remboursement du plan de relance du Cadre financier pluriannuel. Le remboursement devient donc annexe, et n’est pas compté dans le budget et les contributions des États membres.
Ce qui donne 10 % du budget pour renforcer les politiques européennes. Lorsque l’on s’était accordé sur l’emprunt commun pour le plan de relance, celui-ci devait être remboursé par les ressources propres, mais le conseil ne les a pas adoptés. Dans notre position sur le prochain cadre financier pluriannuel nous sommes très fermes sur le fait que des ressources propres doivent accompagner ce prochain budget européen de manière conséquente, sinon nous ne parviendrons pas à investir dans les politiques européennes à la hauteur de nos ambitions.
Comment envisagez-vous la suite des négociations avec les États dans le climat de tensions géopolitiques actuel ?
La suite des négociations s’annonce difficile. On a fixé un objectif ambitieux mais réaliste. Les États membres sont dans un double jeu. Ils veulent un budget européen mais comme les deux tiers des ressources viennent des budgets nationaux, ils sont prudents. En France, la question de la dette est très présente. Chaque État veut maîtriser sa contribution au budget européen. D’où l’idée de trouver d’autres ressources qui viennent abonder le budget européen afin de garantir une contribution des États membres stables et un budget européen conséquent.