L'Iran menace les usines de dessalement, poumons de l'économie du Golfe

Une station de dessalement d’eau de mer.
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Une station de dessalement d’eau de mer.
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L'Iran menace d'attaquer les usines de dessalement et les infrastructures du Golfe. Cette annonce fait suite à la menace américaine de frapper les installations énergétiques iraniennes en réponse à la fermeture du détroit d'Ormuz. Donald Trump, de son côté, a déclaré mardi qu'il ordonnerait la « destruction complète » de l'Iran si Téhéran ne scellait pas un accord d'ici à mercredi minuit (2 heures du matin dans l'Hexagone) portant sur une proposition de cessez-le-feu de 45 jours.
La menace de Téhéran pèse directement sur la stabilité des monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) en ciblant leurs infrastructures vitales mais aussi le moteur même de la croissance régionale. Sans l’apport massif de l’eau industrielle, les métropoles en expansion et les centres de données indispensables à l’économie numérique seraient contraints à l’arrêt. Il s'agit d'une vulnérabilité macroéconomique structurelle pour ces États qui se sont réorientés de la manne pétrolière à des activités qui reposent sur une ressource artificielle : l'eau de mer dessalée.
Le Conseil de coopération du Golfe exploite actuellement plus de 400 usines de dessalement, produisant annuellement 7,2 milliards de mètres cubes d'eau, soit environ 40 % de l'offre mondiale. Cette infrastructure dépasse le simple service public. Elle est le socle de projets majeurs, comme la Vision 2030 saoudienne ou les plans urbains des Émirats arabes unis. Chaque mètre cube produit soutient directement la croissance du produit intérieur brut (PIB) non pétrolier. Les mégaprojets comme Neom ou Lusail au Qatar sont intrinsèquement dépendants de cet accès sécurisé à l’eau ; une rupture de l'approvisionnement rendrait immédiatement caducs le tourisme, les pôles logistiques et la valorisation des actifs immobiliers tertiaires.
Le marché des technologies liées à l’eau connaît une expansion rapide et devrait atteindre 40 milliards de dollars à l'horizon 2034, porté par la demande croissante du Moyen-Orient. Pour les décideurs de la région, l'eau dessalée s’impose désormais comme l'actif le plus stratégique après les hydrocarbures. Au Qatar et à Bahreïn, cette dépendance est absolue puisque 100 % de l'eau potable provient de ce procédé de traitement de l'eau de mer. Au Koweït, cette part s'élève à 90 %, tandis que l'Arabie saoudite couvre 50 % de ses besoins par ce biais, malgré l’existence de réserves souterraines localisées.
La concentration de la production sur un nombre restreint de sites accroît le risque opérationnel. Les usines de Jubail et de Ras Al Khair assurent par exemple la sécurité hydrique de Riyad. Selon les analyses de l'organisation de conseil Atlantic Council, ces installations demeurent vulnérables à des frappes de missiles ou de drones en raison de leur situation géographique. Une mise hors service prolongée obligerait à une évacuation de la capitale saoudienne en quelques jours seulement, provoquant une crise humanitaire et sanitaire immédiate.
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L'économie numérique, pilier de la diversification régionale, serait la première touchée par un tel scénario. Les centres de données exploités par des géants comme Amazon Web Services (AWS) ou Google requièrent un refroidissement constant, faisant de l'eau un intrant indispensable au fonctionnement de l'intelligence artificielle. Neutraliser les capacités de dessalement revient, par extension, à débrancher les infrastructures de calcul. Si le Qatar a anticipé ces risques en construisant 15 réservoirs géants, ces stocks ne garantissent que trois jours d'autonomie et ne sauraient pallier une destruction pérenne des moyens de production.
Le processus de dessalement est particulièrement énergivore, nécessitant entre 4 et 6 kWh pour chaque mètre cube d'eau produit. En Arabie saoudite, cette activité absorbe à elle seule 6 % de la production électrique nationale. Les installations fonctionnent souvent sur le principe de la cogénération, fournissant simultanément de l'eau et de l'électricité au réseau. En période de crise, les États se retrouvent face à une équation complexe : augmenter la consommation interne de pétrole pour maintenir la production d'eau, ce qui réduit mécaniquement les volumes destinés à l'exportation.
Cette pression sur les ressources dégrade les recettes budgétaires au moment où les dépenses de défense s'intensifient, pesant in fine sur la signature souveraine — la crédibilité financière — des monarchies. Bien qu'une transition vers l'osmose inverse et l'énergie solaire soit engagée pour réduire l'empreinte carbone et les coûts, ces projets demandent des investissements massifs. La hausse de la prime de risque géopolitique renchérit le capital. Elle complique aussi les partenariats public-privé (PPP), car les banques durcissent leurs conditions de crédit.
Les groupes industriels européens, à l'image d'Engie, Veolia ou Acciona, gèrent des actifs stratégiques dans la région et voient leur exposition aux risques physiques s'accentuer. Les contrats de maintenance s'en trouvent complexifiés et les primes d'assurance pour les infrastructures critiques atteignent des niveaux historiquement hauts. L'escalade des tensions, marquée par les avertissements de Washington envers Téhéran, place les investisseurs devant une incertitude majeure qui pourrait entraîner une réallocation des flux d'investissements directs étrangers (IDE) vers des zones plus stables.
La sécurité hydrique est devenue indissociable de la survie économique et de l'autonomie stratégique. L'usine de Ras Al Khair, évaluée à 7,2 milliards de dollars (6,7 milliards d’euros), illustre l'importance de ces outils industriels pour le maintien des activités à Riyad et ses sept millions d'habitants.
(Avec Reuters)