La BERD finance Ridgewood afin de moderniser les unités de dessalement sur les côtes de la mer Rouge et de la Méditerranée, renforçant ainsi la résilience hydrique régionale.
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Une usine de dessalement à Bahreïn a été la cible de drones iraniens ce week-end, en représailles à une frappe sur l’île de Qeshm. Cette escalade vers les infrastructures vitales menace l’équilibre des monarchies du Golfe, dont la survie dépend à 90 % de l’or bleu industriel.
Les informations à retenir
Pourquoi le dessalement est-il devenu une cible militaire ?
Les infrastructures de Sitra (Bahreïn) et Qeshm (Iran) ont été frappées par des drones, marquant l’utilisation de l’eau comme arme de guerre.
Les monarchies du Golfe dépendent jusqu’à 90 % du dessalement pour leur eau potable, rendant ces usines extrêmement vulnérables.
La destruction d’une unité comme celle de Jubail en Arabie Saoudite forcerait l’évacuation de millions d’habitants en une semaine.
Dimanche 8 mars, l’île de Sitra, à Bahreïn, s’est réveillée au son d’un bourdonnement sourd. Quelques secondes plus tard, un drone kamikaze iranien venait s’écraser contre une station de dessalement locale, transformant l’infrastructure civile en brasier. Cette attaque n’est pas un incident isolé. Elle répond, selon Téhéran, à une frappe américaine menée la veille sur l’île de Qeshm, où l’épine dorsale hydraulique de 30 villages iraniens a été réduite à néant.
Ces frappes sont encore contenues, mais le signal envoyé au monde est sans équivoque : l’eau est devenue le nouveau front d’une guerre totale. Esther Crauser-Delbourg, économiste de l’eau, prévient : « Le premier qui ose s’attaquer à l’eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu’on a aujourd’hui. » Dans une région où la survie dépend de processus industriels complexes, le ciblage des usines de dessalement marque le passage d’une guerre d’usure à une stratégie d’annihilation.
Le dessalement, artère vitale des royaumes du désert
L’escalade militaire déclenchée le 28 février 2026, sous les noms de code « Epic Fury » (États-Unis) et « Roaring Lion » (Israël), visait initialement les capacités nucléaires et militaires iraniennes. Pourtant la riposte de Téhéran a rapidement glissé vers le talon d’Achille de ses voisins : leur dépendance hydrique totale. Si l’Iran dispose de barrages et de nappes souterraines, les monarchies du Golfe sont des « royaumes de l’eau salée ». Pour elles, le traitement de l’eau de mer n’est pas une option, c’est la condition de leur existence.
Le Moyen-Orient concentre aujourd’hui près de la moitié des capacités mondiales de dessalement. La part de l’eau potable en provenance atteint des sommets : 90 % au Koweït et au Qatar, 86 % à Oman et 70 % en Arabie saoudite. L’Arabie saoudite possède le plus grand parc mondial avec 41 unités de production. L’usine de Jubail est l’artère vitale de Riyad, capitale de 8 millions d’habitants : elle fournit 90 % de son eau potable. Un câble WikiLeaks de 2008 avertissait déjà que Riyad devrait être évacuée sous une semaine si Jubail était détruite.
Une compétition mondiale entre géants de l’eau
Le marché du dessalement connaît une croissance exponentielle de 6 % à 12 % par an. En 2022, plus de 21 000 stations étaient opérationnelles dans le monde. Historiquement, les groupes français Veolia et Engie dominent le secteur. La fusion de Veolia avec Suez a renforcé cette hégémonie, ouvrant des perspectives stratégiques au Moyen-Orient et sur le continent américain.
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Cependant, la concurrence s’intensifie. Les sociétés espagnoles comme Acciona (85 usines) et Abengoa occupent un espace conséquent. Plus récemment, des acteurs asiatiques comme le coréen Doosan Heavy (constructeur de Yanbu IV) et le chinois Sepco montent en puissance. On note également l’émergence de champions locaux comme IDE Technologies en Israël, Metito aux Émirats et Advanced Water Technologies en Arabie saoudite.
L’équation complexe de l’énergie et des coûts
L’un des moteurs de cette expansion est la baisse importante des coûts. Le prix du mètre cube d’eau produite est passé sous la barre des 50 centimes dans les méga-usines du Golfe : 0,47 dollar par mètre cube à Yanbu IV et 0,32 dollar par mètre cube à Soreq II en Israël. Mais cette solution est énergivore : en Arabie saoudite, le dessalement consomme 17 TWh par an, soit 6 % de la consommation électrique totale du royaume.
Pour rompre la dépendance aux hydrocarbures, plusieurs pays misent sur le dessalement bas carbone. L’osmose inverse s’impose car elle consomme deux fois moins d’énergie que les procédés thermiques. Des projets solaires émergent, comme l’usine d’Al Khafji alimentée par panneaux photovoltaïques. À Perth, en Australie, le dessalement est déjà compensé à 100 % par un parc éolien de 80 MW.
La menace environnementale des rejets de saumure
Le dessalement génère un déchet problématique : la saumure. Chaque litre d’eau potable produit rejette 1,5 litre de concentrat salin et chimique en mer. Plus de 55 % de ces rejets mondiaux sont concentrés en Arabie saoudite, aux Émirats, au Koweït et au Qatar. Sans régulation, le volume de saumure pourrait atteindre 240 km³ en 2050, menaçant gravement les écosystèmes marins.
Des innovations tentent de valoriser ce déchet en extrayant du lithium ou en l’utilisant pour l’aquaculture de spiruline. Veolia mène des recherches à Oman sur la réutilisation des saumures et la création de récifs artificiels pour protéger la biodiversité locale.
Résilience et coopération : les modèles israélien et jordanien
Israël fait figure de pionnier mondial. Face à l’assèchement du lac Tibériade, l’État hébreu a construit cinq usines géantes entre 2005 et 2016, subvenant à 80 % de sa consommation domestique. En 2030, la production devrait atteindre 1,2 milliard de mètres cubes par an. Le pays recycle également 87 % de ses eaux usées et a généralisé le goutte-à-goutte sur 75 % de ses cultures.
À l’inverse, la Jordanie subit un stress hydrique extrême, aggravé par l’accueil de 2,9 millions de réfugiés. Un accord tripartite historique a été conclu en 2021 : la Jordanie fournira 600 MW d’électricité solaire à Israël contre 200 millions de mètres cubes d’eau dessalée. Ce projet, bien que contesté par une partie de la population jordanienne, illustre comment l’eau peut devenir un levier de coopération régionale malgré les tensions politiques.
Quand la soif numérique paralyse l’économie
La production ne suffit pas ; la gestion des réseaux reste le point noir. Les pertes en réseau atteignent 30 % à 50 % dans les zones urbaines du Moyen-Orient. En Arabie saoudite, 474 millions de mètres cubes ont fui en 2018, soit 40 % de la production totale. Israël et Malte font figure d’exceptions, ayant réduit leurs fuites de manière drastique par une surveillance numérique constante.
L’agriculture reste le principal consommateur, absorbant 85 % de l’eau régionale. Des solutions de « smart irrigation » à Lhassa ont permis de réduire la consommation de 44 % tout en augmentant la croissance des plantes. Le passage aux cultures verticales, comme à Dubaï, représente également une voie d’avenir pour rationaliser la demande.
S’ajoutent à cela de nouvelles sources de consommation : les centres de données exigent des volumes massifs d’eau pour leur refroidissement. Au cours des hostilités, plusieurs data centers d’Amazon (AWS) situés aux Émirats arabes unis et au Bahreïn ont été mis hors service ou endommagés par des frappes de drones. Cette interruption de service démontre que la sécurité hydrique est le socle sur lequel repose l’ensemble de l’architecture technologique régionale. Les experts de Wedbush soulignent que la puissance de calcul est devenue «le nouveau pétrole» ; sa paralysie par le manque d’eau pourrait s’avérer plus dévastatrice qu’un embargo pétrolier traditionnel. Sans eau dessalée, non seulement les populations ont soif, mais les infrastructures critiques de l’intelligence artificielle et de la finance s’effondrent.
Les attaques de 2026 contre Sitra et Qeshm violent l’article 54 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, qui interdit de cibler des biens indispensables à la survie. La résolution 2573 du Conseil de sécurité de 2021 condamne également ces actes. Pourtant, Philippe Bourdeaux de Veolia souligne que la menace persiste : des batteries de missiles sont désormais installées autour des plus grosses usines pour contrer les drones iraniens.