ENTRETIEN. Ancien représentant adjoint de la France à l’ONU et ex-ambassadeur en Syrie, Michel Duclos livre sa vision du conflit qui oppose l’Iran et les forces américano-israéliennes. Celui qui est désormais conseiller spécial géopolitique à l’Institut Montaigne met en garde contre des conséquences géo-économiques graves.LA TRIBUNE - Peut-on redouter des conséquences géopolitiques graves de ce conflit ?
MICHEL DUCLOS - Oui. On ne peut exclure le risque d’une escalade du conflit. À plus long terme, le pire scénario serait une déstabilisation de l’ensemble de la région. On voit déjà des frappes iraniennes ayant visé des infrastructures civiles et militaires dans plusieurs pays du Golfe, avec en ligne de mire les intérêts américains. Cela accroît le risque de réponse ou d’implication indirecte des monarchies du Golfe, alors que pour le moment, ce sont les États-Unis et Israël qui mènent l’offensive.
Par ailleurs, si le régime iranien s’effondre, si la crise s’approfondit en Iran, les pays du Golfe vont se retrouver avec un afflux de population se réfugiant chez eux. Un scénario qui sera compliqué à gérer au niveau humanitaire.
L’autre gros risque possible est une guerre civile en Iran, liée à une fragmentation des élites iraniennes, avec d’un côté le camp politique des réformistes et de l’autre les conservateurs (religieux ou non), soutenus par les Gardiens de la révolution. Eux sont des partisans d’une ligne idéologique autoritaire du régime. Une partie de la population pourrait prendre les armes aussi, mais c’est moins probable, je pense.
Quel est l’impact économique immédiat du conflit en Iran ?
Le premier impact est évidemment la perturbation du marché des hydrocarbures, qui, depuis ce week-end, ne s’est pas stabilisé. Le prix du baril de pétrole a encore bondi d’environ 9 % aujourd’hui. Si le conflit dure, un nouveau risque d’inflation mondiale et d’effet négatif sur la croissance est possible. Les marchés pourraient s’en retrouver perturbés. Un tableau de bord qui n’arrangera pas les milieux d’affaires.