Deux semaines après l’annonce d’un accord commercial par Donald Trump, son contenu demeure flou et controversé en Inde. Les économistes jugent irréalistes certains objectifs affichés, notamment l’engagement d’achats massifs de produits américains.
Présenté comme un tournant stratégique par Donald Trump, l’accord commercial annoncé début février entre Washington et New Delhi peine à convaincre les économistes indiens. Dévoilé sur les réseaux sociaux par le président américain, le “deal” reste entouré d’incertitudes. Ses détracteurs y voient une capitulation face aux États-Unis, certains accusant même le gouvernement de « vendre le pays » en réduisant à zéro certains droits de douane.
L’annonce intervient cinq mois après l’imposition par Washington d’une surtaxe de 50 % sur des produits indiens, en représailles aux achats de pétrole russe par l’Inde, accusés de financer l’effort de guerre de Moscou en Ukraine. Cette mesure a porté un coup aux exportations du pays, qui compte 1,4 milliard d’habitants.
Un objectif d’achats jugé « irréaliste »
Le point le plus controversé de l’accord prévoit que l’Inde achète, sur cinq ans, pour 500 milliards de dollars de marchandises américaines. Or, lors du dernier exercice, New Delhi n’a importé que 45 milliards de dollars de biens en provenance des États-Unis.
Pour Ajay Srivastava, du centre d’analyse Global Trade Research Initiative, doubler les achats annuels serait « irréaliste ». Même une augmentation substantielle des commandes auprès de Boeing - qui relèvent de décisions de compagnies privées - ne suffirait pas. L’achat de 200 appareils sur cinq ans représenterait environ 60 milliards de dollars, bien loin de l’objectif affiché. Certains analystes tempèrent néanmoins ces critiques. Présenter cet objectif comme une intention plutôt qu’un engagement ferme « réduit le risque de voir l’accord capoter par la suite », estime Shivaan Tandon, de Capital Economics.
Autre sujet sensible : la baisse présumée des droits de douane américains en échange d’un engagement indien à cesser ses achats de pétrole russe. Cette clause n’apparaît pas dans la déclaration conjointe et n’a pas été confirmée par le gouvernement. New Delhi affirme que sa politique énergétique est guidée par l’intérêt national et la diversification des sources. Les importations de brut russe ont déjà reculé, passant de plus de deux millions de barils par jour à la mi-2025 à environ 1,1 million en janvier.
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Toutefois, un arrêt total semble improbable, notamment en raison du rôle de Rosneft, actionnaire à 49 % du raffineur Nayara Energy. Selon Bloomberg, celui-ci prévoit de continuer à importer environ 400 000 barils par jour.
Pour Darren Tay, analyste chez BMI (Fitch Solutions), l’accord reste « trop fragile et politiquement contesté » pour modifier les perspectives de croissance de l’Inde. « L’approvisionnement énergétique est présenté comme dicté par le prix et la disponibilité, ce qui souligne l’ambiguïté persistante autour du dossier du pétrole », ajoute-t-il. À ce stade, l’annonce apparaît davantage comme un geste politique que comme un engagement commercial stabilisé. Et à l’ère trumpienne, comme le résume l’expert Abhijit Das, « rien n’est certain ».