Entre guerre en Iran, flambée des prix du pétrole, tensions sur les marchés obligataires et craintes inflationnistes, les investisseurs abordent une semaine décisive pour l’économie mondiale.
Les marchés mondiaux abordent une semaine sous haute tension. Entre l’enlisement de la guerre en Iran, la flambée persistante des prix du pétrole, les inquiétudes sur l’inflation, la nervosité des marchés obligataires et les attentes démesurées autour de l’intelligence artificielle, les investisseurs font face à une accumulation de risques qui ravive le spectre d’un ralentissement économique mondial.
Le climat s’est encore assombri dimanche après une frappe de drone ayant provoqué un incendie près d’une centrale nucléaire aux Émirats arabes unis. Dans le même temps, Donald Trump a réaffirmé ses menaces contre Téhéran, alors même que les discussions diplomatiques restent dans l’impasse. Selon Axios, le président américain doit réunir mardi son conseil de sécurité nationale pour examiner les options concernant l’Iran.
Cette montée des tensions continue de secouer les marchés de l’énergie. Le Brent progressait lundi de plus de 1,5 %, au-dessus de 110 dollars le baril, tandis que le WTI dépassait les 107 dollars. Les cours du brut ont déjà bondi de plus de 7 % la semaine dernière, dans un contexte de fermeture prolongée du détroit d’Ormuz à la plupart des pétroliers.
Pressions inflationnistes
« La fermeture (du détroit d’Ormuz) épuise rapidement les stocks mondiaux de pétrole », alertent les analystes de Capital Economics. « Les stocks pourraient atteindre des niveaux critiques d’ici fin juin, ouvrant la voie à un Brent à 130-140 dollars le baril, voire plus », ajoutent-ils.
Douze semaines après le début du conflit, les marchés commencent désormais à redouter les conséquences concrètes sur l’économie réelle. L’impact sur les coûts de l’énergie alimente les pressions inflationnistes à travers le monde, au moment même où les grandes banques centrales espéraient amorcer un assouplissement monétaire.
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Les rendements obligataires poursuivent ainsi leur envolée. Le taux américain à dix ans évolue au-dessus de 4,6 %, après avoir déjà fortement progressé la semaine dernière. Au Japon, les rendements obligataires ont atteint des niveaux inédits depuis 1996, tandis qu’au Royaume-Uni, les tensions sur la dette souveraine se mêlent désormais à une crise politique ouverte autour du Premier ministre Keir Starmer. « Il semble que les conditions pour les actifs risqués et les obligations se détériorent et que tout soit réuni pour que la remontée du dollar se poursuive cette semaine », soulignent ainsi les analystes de Barclays.
Le test Nvidia
La situation est d’autant plus délicate que plusieurs signaux de ralentissement économique émergent déjà. En Chine, les statistiques publiées lundi montrent un essoufflement de l’activité en avril, avec une production industrielle et des ventes au détail inférieures aux attentes. La hausse des prix de l’énergie et la faiblesse persistante de la demande intérieure pèsent sur la deuxième économie mondiale.
Les investisseurs surveilleront également cette semaine une série de rendez-vous déterminants : réunion des ministres des Finances du G7 à Paris, chiffres de l’inflation britannique, PIB japonais, statistiques immobilières chinoises ou encore résultats trimestriels des géants américains de la distribution.
Mais le principal test pour les marchés reste attendu mercredi avec la publication des résultats de Nvidia, devenue le symbole de l’euphorie autour de l’intelligence artificielle. Les performances du groupe seront scrutées comme un baromètre de la capacité de l’IA à continuer de soutenir Wall Street malgré les turbulences géopolitiques et macroéconomiques.
Divergence croissante
Jusqu’à présent, les marchés actions ont fait preuve d’une résilience remarquable. Depuis le début de l’année, le S&P 500 gagne près de 9 %, largement porté par les valeurs technologiques américaines. En Europe, plus exposée au choc énergétique, la dynamique est nettement plus fragile.
Cette divergence alimente désormais les interrogations des investisseurs : l’intelligence artificielle peut-elle continuer à porter seule les marchés mondiaux alors que les risques géopolitiques, inflationnistes et budgétaires s’accumulent ?
Pour l’heure, les opérateurs semblent encore miser sur une issue diplomatique au Moyen-Orient. Mais à mesure que le conflit s’enlise et que les prix de l’énergie grimpent, les craintes d’un choc plus durable sur la croissance mondiale gagnent du terrain.