Selon un rapport canadien, la Chine s’appuie sur un réseau de plus de 2.000 organisations — associations, universités, médias ou relais économiques — pour étendre son influence au cœur des démocraties et façonner les débats publics occidentaux.
Des associations culturelles aux partenariats universitaires, en passant par les réseaux économiques et politiques, la Chine a construit au fil des années une architecture d’influence tentaculaire dans les grandes démocraties occidentales. C’est le constat dressé par le centre de recherche canadien MIGS (Centre montréalais sur la sécurité globale), qui décrit une stratégie chinoise d’ingérence diffuse, durable et profondément imbriquée dans le fonctionnement des sociétés ouvertes.
Selon ce rapport publié mercredi, Pékin s’appuie sur « un réseau de plus de 2.000 organisations (...), dont plus de 900 aux États-Unis ». Ces structures couvrent un spectre extrêmement large : associations professionnelles, groupes étudiants, organisations culturelles, médias communautaires ou encore plateformes d’échanges économiques. « Bien que non intrinsèquement illégales, leur effet cumulatif est de façonner les débats politiques, d’influencer le discours public et, dans certains cas, de faciliter l’accès à des avantages stratégiques », souligne le document.
Le rôle de l'UFWD
Le rapport, intitulé Protection du G7, contrer les interférences de Pékin, met en lumière une stratégie pilotée par le Département du travail du front uni (UFWD) du Parti communiste chinois. Cette organisation, longtemps considérée comme secondaire dans l’appareil du pouvoir chinois, apparaît désormais comme l’un des principaux instruments d’influence internationale de Pékin.
Le MIGS décrit une « méthode d’influence qui opère par le biais de canaux politiques, économiques, universitaires et sociétaux ». Loin des opérations d’espionnage traditionnelles, la stratégie chinoise repose sur une logique d’insertion progressive dans les réseaux institutionnels, académiques et économiques des pays ciblés.
« Un schéma clair se dégage dans les pays du G7 », écrit le centre de recherche, avec une stratégie d’ingérence « systémique, adaptative et ancrée dans le fonctionnement normal des sociétés ouvertes ». Autrement dit, Pékin exploiterait moins des failles techniques que les caractéristiques mêmes des démocraties libérales : liberté associative, ouverture universitaire, décentralisation politique ou circulation des capitaux.
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Secrets industriels et technologiques
Le sujet prend une dimension particulière à quelques semaines du sommet du G7 prévu mi-juin à Evian, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes entre grandes puissances. Les démocraties occidentales cherchent désormais à mieux coordonner leurs réponses face aux stratégies d’influence étrangères, qu’elles viennent de Chine, de Russie ou d’autres puissances autoritaires.
Le rapport canadien estime que certains Etats cherchent à tirer profit de la « perméabilité » des sociétés démocratiques afin de mener diverses opérations : influence électorale, manipulation de l’opinion publique, intimidation d’opposants réfugiés à l’étranger ou encore captation de secrets industriels et technologiques.
En France, le rapport identifie plusieurs leviers privilégiés par Pékin. La stratégie chinoise passerait notamment par des relais politiques, via l’octroi d’une « visibilité grâce à des institutions liées à la Chine » à d’anciens responsables publics ou par l’exploitation d’un « alignement idéologique » avec certaines personnalités.
Mécanisme commun contre les ingérences étrangères
Mais l’influence chinoise ne se limiterait pas aux sphères parisiennes. Le MIGS souligne également un travail d’implantation dans les territoires stratégiques : régions industrielles, ports, pôles technologiques ou centres de recherche. « Les régions stratégiques, les pôles industriels, les ports et les centres de recherche sont ciblés par le biais de partenariats économiques, de coopérations universitaires et de projets d’infrastructure tels que la 5G », détaille le rapport.
Face à cette montée en puissance, le MIGS appelle les pays du G7 à structurer une réponse collective. Le centre recommande notamment la création d’un mécanisme commun de coordination contre les ingérences étrangères, un registre partagé des organisations liées aux réseaux d’influence chinois et une harmonisation des cadres législatifs. « Il s’agit d’un défi collectif pour la gouvernance démocratique, la souveraineté et l’intégrité du débat public au sein du G7 », avertit le rapport.