Matthieu Pigasse décroche le colossal chantier de la dette vénézuélienne
latribune.fr
Matthieu Pigasse entretient des liens anciens avec Caracas. Depuis le début des années 2010, il a conseillé les gouvernements d'Hugo Chavez puis de Nicolas Maduro.
Matthieu Pigasse et son équipe de Centerview Partners ont remporté le très convoité mandat de restructuration de la dette du Venezuela, un chantier colossal de 170 milliards de dollars aux lourds enjeux financiers et géopolitiques.
C’est l’un des mandats les plus sensibles et les plus convoités de la finance souveraine mondiale. La restructuration de la dette du Venezuela, évaluée à près de 170 milliards de dollars, sera pilotée par le banquier français Matthieu Pigasse et son équipe au sein de la banque américaine Centerview Partners. Une victoire de poids pour l’ancien associé star de Lazard.
Le Venezuela avait annoncé le 13 mai avoir choisi Centerview pour l’accompagner dans une restructuration globale de sa dette, sans préciser alors quelle équipe mènerait les négociations. Selon le Wall Street Journal puis Le Monde, c’est finalement le pôle parisien dirigé par Matthieu Pigasse qui a remporté ce dossier stratégique face à Lazard et Rothschild.
Autour du banquier français, une équipe rompue aux crises souveraines : Hamouda Chekir et Charles Albinet, eux aussi passés par Lazard, où le trio s’était déjà forgé une solide réputation dans les restructurations d’Etats en difficulté.
Le choc à venir
Car le chantier vénézuélien s’annonce titanesque. Depuis plus d’une décennie, le pays pétrolier est englué dans une crise économique profonde, aggravée par les sanctions américaines imposées à partir de 2017. Sa dette mêle obligations cotées aux Etats-Unis, créances bilatérales envers la Chine et la Russie, financements multilatéraux et dette privée.
Les marchés ont déjà intégré l’ampleur du choc à venir : les obligations vénézuéliennes s’échangent autour de 40 % de leur valeur faciale, signe qu’un effacement massif de dette est anticipé. A titre de comparaison, la Grèce et l’Argentine avaient obtenu des abandons de créances proches de 75 % lors de leurs restructurations.
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Une mission hautement politique
Le choix de Centerview suscite toutefois des interrogations. Le Wall Street Journal et Le Monde évoquent l’intervention d’un intermédiaire proche de Donald Trump dans le processus de sélection. Le quotidien français cite même, sous anonymat, un concurrent de la banque américaine dénonçant une procédure opaque.
Dans l’entourage de Matthieu Pigasse, on met plutôt en avant l’expérience accumulée par l’équipe sur les dossiers les plus explosifs des vingt dernières années : Argentine après la faillite de 2001, Grèce en 2010, Ukraine en 2014, Equateur ou encore Côte d’Ivoire.
Le banquier entretient aussi des liens anciens avec Caracas. Depuis le début des années 2010, il a conseillé les gouvernements d’Hugo Chavez puis de Nicolas Maduro. Ce dernier a été capturé en janvier par les autorités américaines et est actuellement détenu aux Etats-Unis avec son épouse. « Et je connais et j’ai travaillé avec Delcy Rodriguez », l’actuelle présidente, « depuis quinze ans », a indiqué Matthieu Pigasse dans un message à l’AFP.
Le financier assume pleinement la dimension politique et symbolique du mandat. « Nous sommes fiers d’accompagner le Venezuela dans cette étape décisive, de l’aider à retrouver sa souveraineté économique, d’alléger le fardeau de la dette publique qui pèse sur sa population et de renouer avec la croissance. C’est le sens même de ce métier tel que je le conçois », a-t-il ajouté.
Une course contre la montre
Selon l’entourage du banquier, Centerview veut aller vite. Une première présentation du cadre macroéconomique du Venezuela et de l’analyse de soutenabilité de la dette doit être dévoilée dès juin aux créanciers. Objectif affiché : parvenir à un accord d’ici la fin de l’année ou au début de 2027.
Le dossier pourrait devenir un test grandeur nature pour le marché des restructurations souveraines dans un monde où les créanciers se sont fragmentés entre investisseurs privés, institutions multilatérales et puissances étatiques comme Pékin ou Moscou.
Pour Matthieu Pigasse, ce mandat marque aussi une nouvelle consécration personnelle. Ancien haut fonctionnaire passé par les cabinets de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius, le banquier de 58 ans s’est imposé comme l’une des figures françaises les plus influentes de la finance internationale.
Passé de Lazard à Centerview en 2020, ouvertement hostile au Rassemblement national, propriétaire des Inrockuptibles et de Radio Nova, cofondateur de Mediawan avec Xavier Niel et membre du conseil de surveillance du Groupe Le Monde, Matthieu Pigasse cultive depuis longtemps une position singulière : celle d’un banquier d’affaires aussi à l’aise dans les salles de marché que dans les sphères politiques et médiatiques. Avec le Venezuela, il hérite désormais d’un des dossiers les plus explosifs de la décennie.