L’Iran bunkérise 2 000 km de côtes

Image satellite montrant les dégâts sur l'île de Kharg, en Iran, après les frappes américaines, le 14 mars 2026.
via REUTERS - SPOT © CNES 2026, Distribution

Image satellite montrant les dégâts sur l'île de Kharg, en Iran, après les frappes américaines, le 14 mars 2026.
via REUTERS - SPOT © CNES 2026, Distribution
Contrôle d’Ormuz : Militarisation totale des îles Larak et Ormuz pour verrouiller le transit pétrolier.
Autonomie énergétique : Développement de complexes nucléaires à Bouchehr et Sirik pour sécuriser le nord du Golfe.
Dissuasion asymétrique : Déploiement de missiles antinavires sur les îlots disputés d’Abou Moussa et des Tombes.
Face à la pression militaire des États-Unis et d’Israël, Téhéran transforme sa façade maritime en une forteresse de missiles. Des mines d’uranium de Bandar Abbas aux centrales russes de Sirik, chaque port et îlot devient un pion crucial pour le contrôle du détroit d’Ormuz et de l’économie mondiale.
Bandar Abbas constitue le cœur battant de la logistique iranienne. Cette ville de 700 000 habitants concentre les flux avec les Émirats arabes unis et Oman. Elle abrite surtout la base principale de la marine nationale, cible prioritaire des frappes occidentales.
La menace dépasse le cadre naval. À quinze kilomètres de la ville, la mine d’uranium de Gachin alimente les ambitions nucléaires du pays. Pour contourner l’étranglement du détroit d’Ormuz, Téhéran mise sur le port de Jask, devenu une plateforme d’exportation d’hydrocarbures indispensable.
Plus à l’est, le port de Chabahar assure la survie commerciale. Situé près du Pakistan, il lie l’Iran aux marchés indiens et asiatiques. À l’opposé, vers la frontière irakienne, Bandar Khomeini cache des batteries de missiles antinavires prêtes à saturer le trafic maritime.
Bouchehr reste le symbole de la puissance civile et militaire. Sa centrale de 1 000 mégawatts a récemment essuyé un tir de projectile, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). L’infrastructure est protégée par des bases aériennes verrouillant le nord du Golfe.
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L’Iran accélère ses capacités futures avec l’appui de Moscou. En 2025, un contrat avec la Russie prévoit la construction de quatre centrales à Sirik. Ce complexe doit générer 5 000 mégawatts, consolidant l’influence iranienne dans le détroit d’Ormuz.
Le gaz constitue l’autre pilier de cette stratégie côtière. Le port de Bandar Kangan exploite le champ North Pars, partagé avec le Qatar. Ces installations de traitement ont subi une attaque américano-israélienne mercredi dernier, signe de la vulnérabilité de ces actifs critiques.
Qeshm incarne la dualité iranienne. Si cette île de 100 kilomètres attire les touristes pour son patrimoine géologique, elle sert de porte d’entrée aux produits de contrebande. À ses côtés, Larak et Ormuz sont presque intégralement militarisées pour surveiller le transit maritime.
L’économie pétrolière dépend de points isolés mais fortifiés. L’île de Kharg est le terminal principal par lequel transite la majorité du brut iranien. Les forces américaines y ont bombardé des infrastructures militaires pour limiter les capacités de projection des Gardiens de la Révolution.
Kish et Lavan complètent ce dispositif. Si Kish reste un pôle hôtelier de luxe, Lavan demeure un pivot pour les flux pétroliers. Cette mixité entre tourisme et défense complique les interventions militaires sans dommages collatéraux majeurs sur l’économie locale.
Le contrôle du centre du Golfe repose sur trois îlots disputés avec les Émirats : Abou Moussa, la Grande Tombe et la Petite Tombe. Ces sites sont « bunkérisés, transformés en mini-forteresses avec des missiles antinavires », selon Pierre Razoux, chercheur au centre FMES.
En 2025, la force maritime des Gardiens de la Révolution y a installé des systèmes de frappe longue portée. Ces équipements visent directement les navires et bases ennemis à proximité. Téhéran utilise ces positions pour maintenir une menace constante sur le commerce mondial.
La reprise de ces îlots par les États-Unis changerait la donne régionale. Sans ces bases avancées, l’Iran perdrait sa capacité offensive contre le trafic maritime. Pour l’instant, ces forteresses de béton et de missiles assurent à Téhéran un droit de regard sur chaque baril sortant du Golfe.
(Avec AFP)
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