LA TRIBUNE — Pourquoi cette délégation de parlementaires européens fait-elle ce déplacement spécifiquement en France au sujet de la taxation ?
PASQUALE TRIDICO — La France est un pays qui, de longue date, établit des précédents, et nous espérons aujourd’hui qu’elle sera une nouvelle fois la première à mettre en œuvre de manière ambitieuse une taxe minimale mondiale sur les ultrariches, telle que proposée par Gabriel Zucman. S’il est indispensable de mobiliser des ressources considérables pour faire face aux défis communs, il n’est pas envisageable de solliciter davantage les travailleurs et les classes moyennes.
Il convient donc d’identifier de nouvelles sources de revenus. Notre mission à Paris s’explique par le rôle moteur que la France joue au sein de l’Union. Bien qu’elle soit considérée comme un pays à forte pression fiscale, elle demeure l’une des premières destinations mondiales pour les investissements directs étrangers. Cela contredit l’idée selon laquelle une fiscalité élevée réduirait nécessairement l’attractivité d’un pays. Nous devons comprendre qu’il est possible de disposer d’un État qui défend l’État-Providence tout en restant compétitif. C’est ce modèle que l’Europe devrait défendre, et non démanteler.
Quelles seraient, selon vous, les pistes fiscales à privilégier pour obtenir le soutien d’une majorité d’élus au Parlement ?
Trois dossiers me semblent susceptibles de rassembler un consensus. Le premier est l’instauration d’une taxe européenne unifiée sur les services numériques. Les grandes plateformes opèrent en Europe en acquittant des taux effectifs nettement inférieurs à ceux des entreprises traditionnelles : en 2019, les sociétés du numérique payaient en moyenne 9,5 %, contre 23,2 % pour les entreprises conventionnelles. Le deuxième dossier concerne la taxation des ultrariches, et nous souhaitons approfondir au niveau européen la proposition Zucman. Le troisième pilier consiste à défendre ce qui existe déjà : le piller 2, la taxe minimale mondiale de 15% sur les multinationales, est en vigueur en Europe. Le diable se cache dans les détails, et le risque actuel est celui d’une érosion à travers le SidebySide package adopté au sein de l’OCDE en janvier 2026, qui permet aux multinationales américaines d’opérer dans un cadre partiellement différent. Il est essentiel de résister à cette dérive.