La plateforme montpelliéraine de financement participatif Enerfip revendique avoir financé, depuis sa création, 755 millions d'euros dans plus de 600 projets d'énergies renouvelables.
Le montpelliérain Enerfip, spécialisé dans le financement citoyen de projets de la transition énergétique, annonce le 20 novembre racheter le pionnier français (et concurrent) Lumo.
Onze ans après sa création, Enerfip franchit une nouvelle étape : la plateforme montpelliéraine de financement participatif (ou crowdfunding) de projets de la transition énergétique (énergies renouvelables, efficacité énergétique ou mobilité durable) a annoncé ce jeudi une consolidation de ses positions en réalisant sa première opération de croissance externe avec l’acquisition d'un de ses concurrents, Lumo, auprès du Groupe Société Générale (montant de l'opération non communiqué).
Lumo, créée en 2012, avait été la première plateforme de financement participatif des énergies renouvelables en France. Créée à La Rochelle, elle est aujourd’hui basée à Bordeaux.
« Sur les derniers mois, elle avait ralenti ses activités et était passée nettement en 4e position derrière Enerfip, Lendosphère et Lendopolis, mais depuis ses débuts, elle a levé plus de 230 millions d’euros, souligne Julien Hostache, le président d’Enerfip. Cette acquisition est inhérente à la phase de concentration que connaît ce secteur, et ce n’est que le début. Cela nous permet de poursuivre notre croissance en intégrant la communauté de Lumo qui est de 12 000 investisseurs (sur 32 000 personnes inscrites, NDLR), à celle d’Enerfip, de 28 000 investisseurs. »
Le phénomène de concentration qu’il évoque s’est en effet matérialisé en novembre 2024 par le rachat de Lendopolis par Lendosphère à la Banque Postale. Une dynamique qui signe un recentrage stratégique des activités des deux banques sur leurs services bancaires traditionnels en se délestant d’activités connexes comme le financement participatif de la transition énergétique.
Julien Hostache annonce vouloir atteindre le cap des 100 000 citoyens engagés et du milliard d’euros investis dans des projets. À ce jour, Enerfip revendique avoir financé 755 millions d’euros dans plus de 600 projets d’énergies renouvelables par la mobilisation de l’épargne citoyenne et représenter désormais « plus de 50 % de son marché domestique » avec Lumo.
Le dirigeant indique que la marque Lumo va disparaître au profit d’Enerfip. Ses salariés, qui étaient détachés de la Société Générale, réintègrent les effectifs de la banque, à l’exception d’un seul qui rejoint les équipes d’Enerfip (55 salariés). L’entreprise montpelliéraine vise maintenant « des opérations de croissance externe à l’international », confie Julien Hostache.
Les ENR moteur du crowdfunding
Selon le baromètre Forvis Mazars / France FinTech, le financement participatif a connu une deuxième année de repli en 2024, avec 1 731 millions d’euros collectés en France, soit une baisse de 17 % par rapport à l’année 2023. Au premier semestre 2025, le crowdfunding français a levé 819 millions d’euros (contre 830 millions d’euros un an plus tôt), soit un léger recul de -1,3 %. Deux secteurs historiquement forts du financement participatif continuent de souffrir : l’immobilier (- 15 %) et l’innovation (- 47 %). À l’inverse, le segment des énergies renouvelables « confirme son rôle moteur avec une progression de + 7 %, pour atteindre les 171 millions d’euros, avec des performances solides et un risque mieux maîtrisé ».
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« En 2025, nous comme le marché en général devrions faire les mêmes volumes que l’an dernier », pronostique Julien Hostache. Il y a énormément d’incertitudes et de signaux négatifs sur la transition énergétique envoyés par les politiques, on n’a toujours pas de PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie, attendue depuis 2023 et dont le décret n’a toujours pas été publié, NDLR), mais nous surfons encore sur les appels d’offres de la CRE (commission de régulation de l’énergie, NDLR) et on ne ressent pas encore l’inertie du contexte actuel. D’autant qu’Enerfip s’est internationalisé pour bénéficier d’une diversification géographique, et nos déploiements en Espagne, Italie et Pays-Bas nous profitent aujourd’hui… Par ailleurs, oui, l’effondrement du secteur de l’immobilier doit jouer en notre faveur et nous faire bénéficier d’un report. »
En 2024, Enerfip annonçait un taux de rendement moyen pondéré de 7,42 %.
À l'été 2023, Enerfip se lançait sur le financement d'entreprises des ENR en créant le fonds de capital-investissement Enerfip Gestion. Un démarrage un peu laborieux, en raison d’une frilosité des investisseurs institutionnels, qui a permis à la plateforme un closing de 15 millions d'euros pour des investissements au capital de trois entreprises : Éléments (producteur montpelliérain indépendant d'énergies renouvelables), la PME niçoise Qualisteo (spécialisée dans l'optimisation de consommation énergétique dans le milieu industriel) et dans la société de projet photovoltaïque Opale (Jura).
Il y a deux jours, le 17 novembre, Enerfip annonçait s’associer au Crédit Coopératif pour proposer aux clients de la banque des investissements dans des projets de transition énergétique proposés sur la plateforme. Une typologie d’association qu’Enerfip expérimente déjà avec le Crédit Agricole ou la BPCE, bénéficiant de leur force de frappe en termes de communautés d’épargnants.