Deux ans après sa reprise en coopérative (Scop) par ses salariés, la verrerie Duralex a été placée ce lundi en redressement judiciaire avec une période d'observation de six mois. L'entreprise fait face à une crise de gouvernance et à de lourdes difficultés financières au premier trimestre 2026.
La verrerie Duralex, reprise en 2024 par ses salariés en coopérative, a été placée en redressement judiciaire avec une période d'observation de six mois en raison de « tensions de trésorerie », a annoncé lundi l'entreprise dans un communiqué transmis à l'AFP.
Duralex, fondée en 1945 et connue pour ses verres réputés incassables, a expliqué ses difficultés financières par « une hausse du stock très importante sur janvier et février 2026, couplée à des ruptures impactant les ventes sur des produits emblématiques » et une « hausse croissante du coût des matières premières et de l'énergie en début d’année ».
Placée sous la protection du tribunal de commerce d'Orléans, la verrerie, qui emploie 243 salariés, est confrontée à son cinquième redressement judiciaire en une vingtaine d'années, deux ans seulement après le dernier en date. L’entreprise, fondée en 1945, a inventé le verre trempé et les fameux verres, réputés incassables et vendus dans le monde entier.
« La société entend tout mettre en œuvre, avec le concours d'un administrateur, pour pérenniser le plan de transformation commercial de la marque », a-t-elle assuré, ajoutant vouloir « trouver les solutions optimales de sortie de la procédure ». En cette période « complexe », l'équipe de Duralex a appelé les Français à l'accompagner. « Une manière simple de nous soutenir est de continuer vos achats », a-t-elle déclaré, remerciant les clients pour leur « soutien historique ».
Départ du directeur général
Très populaire, la marque avait reçu à l'automne dernier en quelques heures plus de 20 millions d'euros de promesses d'investissement dans le cadre d'une levée de fonds de 5 millions d'euros, destinée à assurer la poursuite de son redressement. Mais depuis l'officialisation mi-avril du départ de son directeur général, François Marciano, de nombreuses incertitudes entourent la situation de l'entreprise. Cette figure emblématique de la reprise en société coopérative et participative (Scop) laisse une structure qui avait déjà failli disparaître en avril 2024.
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Remplacé par Peggy Sadier, qui occupait jusque-là les fonctions de directrice marketing et commerciale, François Marciano aurait été « mis à pied » d'après la CGT. Son fils Antoine, qu'il avait nommé au poste de directeur financier et dont les compétences « n'ont pas été démontrées » selon une source proche du dossier, a connu le même sort.
François Marciano avait annoncé que le chiffre d'affaires de Duralex devait atteindre la barre des 35 millions d'euros cette année ou en 2027 pour retrouver l'équilibre financier. Il espérait ensuite viser 39 millions d'euros en 2030. Ces objectifs étaient difficiles à atteindre, voire « intenables » pour plusieurs observateurs. « Il ne semble pas qu'il y ait eu des malversations mais plutôt une gestion hasardeuse », a par ailleurs expliqué une source.
Une autre source proche a qualifié de « sombre » la situation de l'entreprise. « Les caisses sont vides et les salariés n'ont touché que 50% de leur dernière paie », a-t-elle ajouté.
Difficultés similaires à Brandt
Duralex « est une usine, qui a besoin de produire à très gros volume », avait expliqué en avril un salarié sous couvert d'anonymat auprès de l'AFP, alors que seulement deux lignes de production sur cinq tournaient. Une seule était encore active récemment. Les partenariats noués avec l'animateur Stéphane Bern ou encore la marque Le Slip Français étaient, selon lui, simplement des « pansements sur des jambes de bois ».
En 2022, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Duralex avait été durement touchée par la flambée des prix de l'énergie. L'entreprise y est en effet très dépendante. Cette fois, les prix du gaz et de l'électricité ne sont pas en cause, car les contrats d'énergie avaient été bloqués pour 2026 et 2027. Le projet de Scop avait été soutenu, y compris financièrement, par la région Centre-Val de Loire et Orléans Métropole.
Les difficultés de Duralex rappellent celles du groupe Brandt, ancien fleuron de l'électroménager français, liquidé en décembre dernier. Sa principale usine, qui emploie 350 salariés sur les quelque 700 que comptait le groupe, se trouvait à sept kilomètres de celle de Duralex.