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Energie et Industrie

L'industrie européenne produit autant en consommant 8 % d'énergie en moins — sauf l'agroalimentaire

latribune.fr

Publié le 29 mai 2026 à 12:50

Dans les années à venir, la transformation des industries maritimes passera par le développement de nouveaux modes de propulsion, par la décarbonation des chantiers, l’écoconception des navires, le déploiement de l'éolien offshore.

Dans les années à venir, la transformation des industries maritimes passera par le développement de nouveaux modes de propulsion, par la décarbonation des chantiers, l’écoconception des navires, le déploiement de l'éolien offshore.

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En 2024, l'industrie européenne a consommé 8 835 pétajoules d'énergie, soit 8,1% de moins qu'en 2014. Cette baisse continue depuis 1990 traduit un découplage réussi entre production et consommation énergétique. Mais une exception fragilise ce bilan : l'agroalimentaire a augmenté sa consommation de 4,7 % sur la même période, révélant les limites de la transition dans un secteur dépendant du gaz et peu électrifiable.

Eurostat vient de publier ses données définitives sur la consommation énergétique industrielle pour 2024. Le secteur industriel a utilisé 8 835 pétajoules d'énergie en 2024 (2 454 milliards de kilowattheures), en baisse de 8,1 % par rapport à 2014. Cette diminution confirme une tendance observée depuis 1990. Elle marque un découplage progressif entre l'activité industrielle et l'appétit énergétique.

Une baisse de 8 % en dix ans portée par l'efficacité énergétique

L'électricité et le gaz naturel dominent le mix énergétique industriel européen. En 2024, l'électricité représente 2 945 pétajoules, soit 33,3 % de la consommation totale, tandis que le gaz pèse 2 817 pétajoules (31,9 %). Les renouvelables et biocarburants arrivent en troisième position avec 999 pétajoules (11,3 %), dépassant désormais le pétrole et ses dérivés (922 pétajoules, 10,4 %). Cette restructuration du bouquet traduit des investissements massifs en efficacité énergétique. Elle montre aussi une électrification croissante des procédés industriels.

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La baisse globale de 8,1 % depuis 2014 s'explique par plusieurs facteurs structurels. La consommation brute d'énergie dans l'industrie française a chuté de 2 % en 2024 après une baisse de 5 % en 2023, illustrant une tendance européenne. Les entreprises ont modernisé leurs équipements et optimisé leurs chaînes de production. Elles ont également intégré des systèmes de récupération de chaleur fatale. Cette transformation a permis de maintenir, voire d'augmenter, les volumes de production tout en réduisant la facture énergétique.

Le charbon s'effondre, les renouvelables progressent

Le recul des combustibles fossiles solides marque un tournant dans la décarbonation industrielle. Entre 2014 et 2024, la consommation de charbon a chuté de 34,8 %, passant de 742 à 484 pétajoules. Dans le même temps, les renouvelables et biocarburants ont bondi de 24,3 %, progressant de 804 à 999 pétajoules. Cette bascule reflète les contraintes réglementaires européennes, notamment le système d'échange de quotas d'émission (ETS). Ce dernier renchérit le coût du carbone pour les industriels.

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L'usage des déchets non renouvelables comme source d'énergie a également progressé de 32,1 % sur dix ans. La France s'est engagée avec ses partenaires européens à réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030, un objectif qui accélère la sortie des énergies carbonées dans l'industrie lourde. La consommation de chaleur commerciale a reculé de 23,7 %, signe d'une meilleure autosuffisance énergétique des sites industriels.

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Illustration de la newsletter Industrie et service

L'agroalimentaire à contre-courant : +4,7 % de consommation

Alors que l'industrie globale réduit sa consommation, l'agroalimentaire suit une trajectoire inverse. En 2024, le secteur alimentaire, boissons et tabac a consommé 1 134 pétajoules, soit 12,8 % de la consommation industrielle totale. Cette consommation a augmenté de 4,7 % par rapport à 2014, rompant avec la tendance générale de sobriété énergétique.

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Le gaz naturel domine largement le mix énergétique du secteur. Il représente 525 pétajoules, soit 46,3 % de la consommation totale de l'agroalimentaire, devant l'électricité (401 pétajoules, 35,3 %). Les renouvelables et biocarburants ne pèsent que 68 pétajoules (6 %), bien que leur usage ait progressé de 68,4 % depuis 2014. Cette dépendance au gaz expose le secteur aux fluctuations de prix. Ces coûts se révèlent particulièrement volatils depuis la crise énergétique de 2022.

Pourquoi ce secteur résiste à la baisse

Les processus de transformation agroalimentaire expliquent cette consommation croissante. La cuisson, la pasteurisation, le séchage et la réfrigération représentent les principaux postes énergétiques. Ces opérations nécessitent de la chaleur à basse et moyenne température, située entre 60 °C et 200 °C. Ce seuil est difficilement électrifiable à coût compétitif avec les technologies actuelles. Les sucreries, laiteries et usines de transformation céréalière concentrent les besoins les plus élevés.

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L'augmentation de la production alimentaire européenne a également pesé sur la consommation. Entre 2014 et 2024, les volumes transformés ont progressé dans plusieurs filières (produits laitiers, plats préparés, boissons), entraînant une hausse mécanique des besoins énergétiques. Des gains massifs ont été permis dans la métallurgie ou la chimie par l'automatisation et l'optimisation. À l'inverse, l'agroalimentaire reste tributaire de cycles de transformation longs et énergivores.

Ce que ça change pour la facture énergétique et la compétitivité

La dépendance au gaz fragilise la compétitivité du secteur. La facture énergétique de l'industrie française a doublé entre 2019 et 2022, avant de se stabiliser en 2023-2024. Pour l'agroalimentaire, le gaz représente près de la moitié des coûts énergétiques, une exposition qui pèse sur les marges dans un contexte de concurrence internationale accrue.

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Les industriels européens font face à des concurrents hors UE moins contraints par les normes climatiques. Les importations de produits alimentaires transformés depuis des pays où le coût de l'énergie est inférieur ou les contraintes carbone inexistantes exercent une pression sur les prix de vente. Cette asymétrie réglementaire alimente le débat sur le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF). Ce dispositif ne couvre pas encore l'agroalimentaire.

Les leviers pour inverser la tendance

L'électrification progressive des procédés constitue le premier levier de décarbonation. Plus de la moitié de la consommation d'énergie du secteur agroalimentaire sert à produire de la chaleur basse température, un usage techniquement électrifiable via des pompes à chaleur industrielles. Plusieurs acteurs européens ont lancé des projets pilotes. Le passage à l'échelle reste toutefois freiné par le coût des investissements et le prix de l'électricité.

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La récupération de chaleur fatale représente un gisement d'économies immédiat. De nombreux sites industriels agroalimentaires rejettent encore de la chaleur résiduelle sans la valoriser, alors que des systèmes de récupération permettraient de réduire de 10 à 15 % la consommation énergétique. Les dispositifs publics de soutien, comme les fonds dédiés à la décarbonation industrielle ou le crédit d'impôt industrie verte, visent à accélérer ces transformations. Plus de 350 000 entreprises européennes doivent bénéficier d'un soutien à l'efficacité énergétique d'ici à 2027, une initiative qui cible en priorité les secteurs énergivores.

latribune.fr

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