Minéraux critiques : flambée des cours, recul des investissements et concentration accrue
latribune.fr
Un échantillon au centre de recherche et de traitement des terres rares de la société minière australienne Viridis Mining and Minerals, à Pocos de Caldas, au Brésil.
Les prix des minéraux critiques indispensables à l’économie mondiale, tels que le cuivre, le nickel ou les terres rares, ont grimpé en 2025 et début 2026. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) alerte sur un recul de 9 % des investissements miniers mondiaux et une concentration géographique accrue de la production et du raffinage, menée par la Chine.
Les prix des minéraux critiques comme le cuivre, le nickel, le graphite ou les terres rares, indispensables à la transition énergétique et aux semi-conducteurs, ont grimpé en 2025 et début 2026. Parallèlement, les investissements dans le secteur ont chuté de manière significative. C’est la double alarme lancée ce jeudi 16 juillet par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans l'édition 2026 de son rapport annuel Global Critical Minerals Outlook.
Une flambée historique des cours menée par les métaux de base et de batterie
Après une période de baisse les années précédentes, les prix des minéraux critiques ont amorcé un net rebond entre janvier 2025 et avril 2026 sous l'effet d'un resserrement de l'offre. Portés par des conditions d'approvisionnement extrêmement tendues, les prix des métaux de base – comme le cuivre (qui a atteint des sommets historiques), l'aluminium et l'étain – ont bondi d'un tiers sur cette période de seize mois.
Le segment des batteries enregistre un redressement tout aussi spectaculaire après le repli de 2023 et 2024. Les cours du lithium ont ainsi plus que doublé, poussés par une demande massive dans le stockage d'énergie et par des contraintes sur l'offre. De son côté, le cobalt a vu son prix s'envoler d'environ 130 %, une hausse directement imputable aux restrictions d'exportation et à la mise en place d'un système de quotas par la République démocratique du Congo (RDC).
La concentration géographique s'accentue dans le raffinage
L'organisation internationale chargée de la sécurité énergétique alerte sur une hausse continue de la « concentration géographique » des chaînes d'approvisionnement, particulièrement préoccupante dans l'étape stratégique du raffinage. Sur les deux dernières années, les pays leaders – l'Indonésie pour le nickel et la Chine pour les autres principaux métaux énergétiques – ont capté plus des trois quarts de la croissance mondiale de l'offre raffinée. Hors terres rares, la part moyenne du premier pays raffineur est passée de 70 % en 2023 à 72 % en 2025.
La phase d'extraction minière suit une trajectoire tout aussi polarisée. Sur les marchés du manganèse, du nickel ou du graphite, pratiquement toute la croissance de l'offre mondiale est désormais le fait du premier fournisseur historique. À l'inverse, l'extraction de lithium, de graphite et de terres rares a connu un léger recul de sa concentration entre 2023 et 2025 grâce à l'entrée en service de projets diversifiés en Amérique latine et en Afrique.
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Pourquoi cette concentration pose-t-elle un problème à l'économie mondiale ? L'inquiétude est passée d'une vulnérabilité théorique à un défi immédiat pour la sécurité économique nationale et industrielle. Les pays dominants profitent de leur monopole pour restreindre les exportations ou influer sur les cours. En Europe, par exemple, les restrictions ont provoqué une déconnexion majeure des prix : le gallium et les terres rares lourdes (comme le dysprosium et le terbium) y sont vendus environ cinq fois plus cher que sur le marché intérieur chinois, tandis que le germanium y est près de trois fois plus cher.
L'impact collatéral majeur du conflit au Moyen-Orient en 2026
L'année 2026 a également apporté une démonstration des risques systémiques avec le conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz. Si l'attention s'est d'abord portée sur le pétrole et le gaz, les marchés des métaux ont subi d'importantes turbulences. Le Moyen-Orient représentant 8 % de la production mondiale d'aluminium, les réductions d'activité des fonderies locales ont lourdement pesé sur un marché déjà tendu.
Plus grave encore, la région assure un quart de l'approvisionnement mondial en soufre, et la moitié du commerce maritime de ce matériau transite par le détroit d'Ormuz. Or, le soufre est l'ingrédient de base de l'acide sulfurique, indispensable au traitement chimique du cuivre, du lithium, du cobalt, du nickel et des terres rares. La pénurie a poussé la Chine à suspendre ses propres exportations d'acide sulfurique en mai 2026, provoquant une explosion des coûts de production à l'échelle internationale.
Recul historique des investissements miniers
En 2025, l'investissement global dans les minéraux critiques a chuté de 9 % sur un an, mettant un terme à plusieurs années d'expansion rapide. Face à la volatilité des prix et aux risques géopolitiques, les acteurs miniers ont fait preuve d'une grande prudence. Le repli est particulièrement brutal pour les métaux de batterie, dont les dépenses d'investissement ont plongé de plus de 20 % (avec une réduction drastique de 40 % chez les producteurs spécialisés dans le lithium).
À l'inverse, confirmant la centralité du métal rouge dans les réseaux électriques, les investissements des compagnies focalisées sur le cuivre ont progressé de 8 %. Les dépenses d'exploration globale ont quant à elles baissé de 10 %, marquées par un effondrement de 45 % pour le lithium et le nickel, tandis que l'uranium et le cuivre ont légèrement progressé.
Chiffres clés du rapport de l'AIE • 9 % : Recul des investissements des 24 plus grandes compagnies minières mondiales en 2025. • 130 % : Hausse du prix du cobalt entre janvier 2025 et avril 2026. • 6 500 milliards de dollars : Valeur de la production industrielle annuelle hors de Chine menacée si les restrictions chinoises d'octobre 2025 sur les terres rares (comprenant les composants fabriqués à l'étranger) étaient pleinement appliquées. • 65 milliards de dollars : Engagements publics cumulés des économies avancées en 2025 pour diversifier l'offre, soit quatre fois plus qu'en 2023. • 6 fois : Multiplication par six du cours du tungstène, minerai stratégique mineur, sur la période 2025-2026.
Des verrous technologiques et industriels persistants
La diversification voulue par les pays occidentaux se heurte à un déséquilibre structurel : les investissements se concentrent sur l'extraction minière (l'amont), délaissant le raffinage et la fabrication de produits finis (l'aval). Par exemple, dans les chaînes des terres rares, la capacité de raffinage planifiée hors de Chine d'ici 2035 équivaut à deux tiers de la production minière attendue, mais la fabrication de aimants permanents n'en représentera qu'un tiers. Pour le lithium, la production de cathodes planifiée ne couvrira qu'un tiers des capacités minières projetées.
De plus, les technologies clés restent ultraconcentrées. Pour le graphite de qualité batterie, seuls quelques équipementiers hors de Chine maîtrisent le procédé. Dans le cas des aimants aux terres rares, la technologie de pointe de « diffusion aux limites de grains » (grain boundary diffusion) fait l'objet de brevets stricts : il n'existe qu'un seul fournisseur d'équipements hors de Chine, pour un coût dix fois supérieur et des délais d'attente considérablement rallongés.
« Sur l’année écoulée en particulier, l’inquiétude sur la forte concentration de l’approvisionnement est passée de la vulnérabilité théorique à un défi immédiat pour la sécurité économique. »
Tim Gould, chef économiste de l'Agence internationale de l'énergie (AIE)
Le recyclage peut-il compenser ces tensions ? À moyen terme, oui. L'AIE estime que d'ici 2040, la contribution du recyclage aux besoins en métaux énergétiques clés pourrait doubler pour atteindre près de 20 % de l'offre (contre 10 % aujourd'hui). Cependant, la logistique de traitement reste un point noir : la Chine concentre actuellement plus de 75 % de la capacité mondiale de prétraitement des batteries et 90 % de la capacité de récupération des matériaux (la Corée du Sud se plaçant en deuxième position hors de Chine).
Pour tenter de réduire cette dépendance, les dirigeants du G7 réunis en juin 2026 sous la présidence française ont franchi un pas important en adoptant un objectif de diversification chiffré : réduire la dépendance à l'égard d'un fournisseur unique non-G7 à moins de 60 % d'ici à 2030 pour les terres rares et les aimants permanents. Un défi de taille, alors que les coûts d'investissement pour construire de nouvelles usines de raffinage hors de Chine restent de 20 % à 150 % plus élevés.