La surconsommation d'antibiotiques s'aggrave encore en France

En France, quelque 12 500 décès seraient liés à une infection à bactérie résistante aux antibiotiques, d'après Santé publique France (photo d'illustration).
© milivigerova, Pixabay

En France, quelque 12 500 décès seraient liés à une infection à bactérie résistante aux antibiotiques, d'après Santé publique France (photo d'illustration).
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Ils ont beau ne pas être automatiques – comme le martèlent depuis 2002 les pouvoirs publics – les antibiotiques restent un vieux réflexe français. Les prescriptions ont augmenté de 4,8 % en 2024 (soit 860 ordonnances pour 1.000 habitants) et la consommation a elle aussi grimpé de 5,4 %, d’après une étude annuelle de Santé publique France (SpF) publiée ce mardi. Près de quatre Français sur dix se voient prescrire ce type de traitement au moins une fois par an.
Ce retour en force des antibiotiques, après un tassement en 2023, est lié aux «épidémies saisonnières hivernales (grippe, bronchiolite), assez soutenues, majoritairement virales », selon le Dr Rémi Lefrançois, expert de la résistance aux antibiotiques. Pour les virus, une telle prescription se révèle pourtant inutile. « Les antibiotiques sont des substances qui interagissent avec les équipements biologiques indispensables à la survie ou à la multiplication des bactéries. Comme ces équipements biologiques n'existent pas chez les virus, les antibiotiques sont inefficaces contre eux », rappelle la Fondation pour la recherche médicale sur son site internet.
Ce qui n’empêche visiblement pas les médecins généralistes, à l’origine de la majorité des ordonnances, de les prescrire toujours plus. « Il faut faire encore plus pour sensibiliser, convaincre et aider ces prescripteurs », estime Rémi Lefrançois.
Les conséquences d’une prise inutile d’antibiotiques ne sont pas à prendre à la légère. Certaines bactéries deviennent résistantes à ces médicaments, qui sont par conséquent moins efficaces. Les maladies se propagent alors davantage et provoquent des morts qui auraient pu être évitées.
Un scénario déjà en cours. En France, quelque 12 500 décès seraient liés à une infection à bactérie résistante aux antibiotiques. Un chiffre probablement bien plus élevé aujourd'hui puisque la dernière estimation date de 2011.
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La résistance aux antibiotiques est à l'origine « d'une crise sanitaire mondiale », confirme une étude coordonnée par l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) et publiée au printemps dernier dans Nature Communications.
Les projections pour les années à venir sont encore pire : pour l’Hexagone, les estimations tablent sur 238 000 décès des suites de l’antibiorésistance d’ici 2050, d’après le site internet du ministère de la Santé. Et à l’échelle de la planète, ce sont carrément des dizaines de millions de personnes qui pourraient succomber en raison d’une résistance aux antibiotiques d’ici le milieu du siècle, selon une modélisation publiée à l'automne 2024 dans la revue scientifique The Lancet.
Cette surconsommation d’antibiotiques est aussi coûteuse pour les finances publiques. Elle engendre une dépense supplémentaire de 71 millions d’euros, par rapport à la moyenne européenne, et de 441 millions d’euros, comparé aux pays du Vieux continent les moins consommateurs, selon des chiffres de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) là encore très anciens (2015).
A cela s'ajoute le coût de l’antibiorésistance, via les hospitalisions supplémentaires. Il a été évalué à 109,3 millions d’euros sur la seule année 2015, dans une étude sortie quatre ans plus tard.
Ce qui vaut pour la France vaut pour le reste du monde. La Banque mondiale estime, dans une étude de 2016, que le PIB mondial pourrait diminuer chaque année de 1,1 % à 3,8 %, en raison de l’impact de la résistance aux antibiotiques, qui aurait des conséquences sur le commerce mondial, le coût des soins de santé et sur l’élevage.
Conscients de la situation, de nombreux pays, dont la France, tentent depuis plusieurs années voire décennies de limiter l'usage des antibiotiques – d’où la fameuse campagne « Les antibiotiques, c’est pas automatique » diffusée en France au début des années 2000.
Des chercheurs planchent aussi sur le développement de traitements susceptibles de lutter contre les bactéries coriaces, sans pour autant mettre en danger l'équilibre microbien de notre organisme. Une piste que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) incite à fortement appuyer. « Sans un investissement accru dans la recherche et le développement, et sans des efforts ciblés pour que les nouveaux produits et les produits existants atteignent ceux qui en ont le plus besoin, les infections résistantes aux médicaments continueront de se propager », a-t-elle prévenu début octobre.
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L’institution internationale a ainsi exhorté à davantage d'investissements et à la mise en place de nouveaux modèles de financement pour soutenir les PME qui mènent actuellement des recherches dans les domaines des antibactériens et des diagnostics. Elle a, en parallèle, appelé les chercheurs à rendre publiques leurs données sur l'activité antibactérienne afin de favoriser la collaboration, attirer les investissements et accélérer l'innovation.