Le groupe belge accélère en déposant le permis de construire pour sa future bioraffinerie normande. Mais il pourrait rétropédaler si l’UE ne force pas l’incorporation de plastique biosourcé dans les emballages.Le pied droit à fond sur l’accélérateur mais le gauche prêt à appuyer sur le frein. C’est un peu la situation dans laquelle se trouve le chimiste belge Futerro, presque à la veille de poser la première pierre de sa bioraffinerie à Saint-Jean-de-Folleville, à quelques encablures du port du Havre. Sur le versant opérationnel, le groupe vient effectivement de réaliser ce qu’il appelle « une avancée décisive » en déposant les demandes de permis de construire et d’autorisation environnementale idoines auprès des services instructeurs.
Son objectif est d’obtenir un feu vert en milieu d’année prochaine pour une entrée en production trois ans plus tard. Pour mémoire, l’usine sera la seconde bâtie par Futerro qui exploite déjà une installation similaire en Chine. Légèrement moins capacitaire, l’unité normande sera la première à produire du bioplastique de type PLA sur le vieux continent. Elle en fabriquera quelque 75.000 tonnes à partir d’un coproduit agricole. En l’espèce, du sucre de blé qui lui sera fourni par l’amidonnerie voisine de Tereos avec qui un accord est déjà signé.
Pour les pouvoirs publics locaux encore sous le choc de la fermeture de la plateforme pétrochimique d’ExxonMobil, cette promesse d’investissement venue du plat pays est pain béni. Elle permettrait au complexe industriel de Port-Jérôme biberonné à l’or noir depuis les années 60 d’amorcer un virage salutaire vers la chimie verte. Virginie Lutrot, présidente de l’agglomération Caux Seine, en parle comme d’une « opportunité majeure pour (son) territoire ». Pour Hervé Morin, président de la Région, il « incarne la transition industrielle ».
Pas de clients, pas d’usine
Mais si les élus affichent une confiance d’airain dans l’aboutissement de ce projet à un demi-milliard d’euros, le PDG de Futerro se montre plus réservé. Pour Frédéric Van Gansberghe, il ne pourra aller à son terme qu’à condition que l’Union européenne adopte -et de préférence rapidement- un mécanisme contraignant en faveur de l’introduction de plastique biosourcé dans les emballages.