Une raffinerie du groupe pétrochimique Shandong Haiyou est visible dans le comté de Ju, province du Shandong, en Chine, le 25 juillet 2018. Photo prise le 25 juillet 2018.
FL - REUTERS - DOMINIQUE PATTON
Si l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a décidé un déblocage record de 400 millions de barils pour calmer les cours après la fermeture du détroit d’Ormuz, l’efficacité réelle de cette mesure reste discutée.
Comment faire baisser les cours du pétrole ? La question divise le monde financier. Selon un article du Wall Street Journal, face à un pétrole maintenu proche des 90 dollars le baril (après avoir grimpé jusqu'à 119 dollars), l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a préparé le plus important déblocage de réserves de son histoire.
Cette utilisation coordonnée des stocks stratégiques, envisagée depuis dimanche par le président français, devait être « sans doute » au menu de la visioconférence des dirigeants du G7 prévue à 15 heures, avait précisé ce mercredi matin le ministre français de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, Roland Lescure.
Les 32 pays membres de l’AIE ont finalement décidé, à l’unanimité, de libérer 400 millions de barils de pétrole provenant de leurs réserves stratégiques, soit le déblocage le plus important de l’histoire de l’institution. Les stocks d’urgence seront mis à la disposition du marché selon un calendrier adapté à la situation nationale de chaque pays membre, et pourront être complétés par des mesures d’urgence supplémentaires dans certains États.
Les membres de l’AIE détiennent plus de 1,2 milliard de barils dans leurs stocks d’urgence, auxquels s’ajoutent 600 millions de barils de stocks détenus par l’industrie au titre d’obligations gouvernementales. Le volume total libéré représente plus du double de celui décidé en 2022, après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par l’armée russe, lorsque les membres de l’AIE avaient débloqué 182 millions de barils en deux étapes.
Pétrole : la menace inflationniste
De nombreux économistes avertissent qu’une hausse durable des prix du pétrole risque de provoquer de l’inflation et une correction boursière, en plus de renchérir l’essence pour les automobilistes.
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« L’objectif » du travail mené « sur les réserves stratégiques » est de « s’assurer que dans des zones où il y a des tensions d’approvisionnement (…), on puisse intégrer le fait que le marché se libère », ce qui permettrait de « faire baisser les cours », avait expliqué Roland Lescure mardi.
« Il faut donner un message très clair : si on ne peut pas rouvrir le détroit d'Ormuz, on va le remplacer par d’autre pétrole qui viendra d’ailleurs et qui va circuler dans le monde », a ajouté le ministre mercredi sur BFMTV/RMC.
Cependant, cette vision ne convainc pas tout le monde.
Une réponse jugée temporaire
« L’histoire montre que ce n’est souvent qu’un soulagement temporaire », affirme l’économiste de Cité Gestion, John Plassard, dans une note.
« Lorsque Washington libère du pétrole, l’impact sur les prix est souvent modeste car la consommation mondiale dépasse 100 millions de barils par jour. Autrement dit, même une libération de 1 million de barils par jour pendant plusieurs mois ne représente qu’une petite fraction de la demande globale ! », ajoute l’expert. « Cela évitera un nouveau pic mais ça ne baissera pas les prix », confirme Andrea Tueni, responsable des activités de marchés chez Saxo Banque, qui pense même que cette annonce « est déjà intégrée dans les cours actuels. »
Plus problématique, « utiliser les réserves trop tôt peut affaiblir la capacité d’un pays à répondre à une crise plus grave, notamment si un véritable choc d’offre survient », met en garde John Plassard. Autant d’arguments qui seront discutés par les membres du G7.
Une mesure ciblée sur l’approvisionnement de l’Asie-Pacifique
Le déblocage massif des stocks stratégiques vise avant tout à sécuriser l’approvisionnement des pays de la zone Asie-Pacifique, particulièrement vulnérables aux tensions actuelles liées à la fermeture effective du détroit d’Ormuz, par lequel transitent chaque jour environ 15 millions de barils de brut et 5 millions de barils de produits pétroliers.
Le Japon en première ligne : Très dépendant des importations d’hydrocarbures, le Japon voit dans cette action coordonnée un levier crucial pour éviter une rupture de flux. Tokyo a d’ores et déjà annoncé qu’il puiserait dans ses propres réserves pour atténuer la pression sur les prix de l’énergie, dans l’espoir de stabiliser des marchés boursiers fortement chahutés plutôt que de provoquer un rebond immédiat du Nikkei.
Une mobilisation régionale : L’effort devrait reposer largement sur les pays membres de l’AIE situés dans la région. La Chine, bien que disposant de ses propres réserves massives pour absorber le choc, suit de près cette initiative qui pourrait contribuer à stabiliser l’ensemble de la chaîne logistique asiatique.
Sécuriser les routes maritimes : L’enjeu est de compenser, grâce à ces stocks de proximité, la paralysie du détroit d'Ormuz, point de passage crucial qui représente environ un quart du transport mondial de pétrole par voie maritime. Cette libération « locale » doit permettre de maintenir l’activité économique régionale en attendant une éventuelle sécurisation des passages maritimes par les forces internationales.