Australie, Nouvelle-Zélande : l'Océanie fortement touchée par le choc pétrolier
latribune.fr
Dans la région Océanie, très dépendante des importations énergétiques, les conséquences économiques se diffusent rapidement.
ljo/ - REUTERS - Liesa Johannssen
De l’essence aux billets d’avion, la flambée du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient provoque déjà pénuries, hausses de prix et mesures d’urgence en Océanie, région très dépendante des importations énergétiques.
L’onde de choc pétrolière provoquée par la guerre au Moyen-Orient atteint désormais de plein fouet l’Océanie. En Australie comme en Nouvelle-Zélande, gouvernements et entreprises multiplient les mesures d’urgence pour contenir les effets d’une flambée des prix du brut alimentée par la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, artère stratégique par laquelle transite habituellement près d’un cinquième des flux mondiaux de pétrole.
Dans cette région du monde très dépendante des importations énergétiques, les conséquences économiques se diffusent rapidement : tensions d’approvisionnement, hausse des carburants et perturbations du transport aérien. Les autorités publiques, comme les grandes compagnies, cherchent désormais à amortir le choc.
L’Australie assouplit ses règles pour éviter les pénuries
À Canberra, le gouvernement a décidé d’assouplir temporairement la réglementation sur les carburants afin d’augmenter rapidement les volumes disponibles sur le marché domestique. Le ministre de l’Énergie, Chris Bowen, a annoncé que le pays autoriserait temporairement « des niveaux de soufre plus élevés pour les 60 prochains jours », une mesure exceptionnelle visant à libérer davantage d’essence.
Selon lui, « cela permettra d’ajouter quelque 100 nouveaux millions de litres par mois à l’approvisionnement intérieur australien en essence, qui auraient autrement été exportés ». Au total, près de 200 millions de litres supplémentaires pourraient ainsi être injectés dans le circuit national au cours des deux prochains mois.
La compagnie pétrolière Ampol a accepté de rediriger ces volumes vers les régions en tension ainsi que vers le marché de gros. L’objectif est d’assurer l’approvisionnement des secteurs considérés comme prioritaires, notamment l’agriculture, la pêche ou encore les collectivités locales.
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Le gouvernement insiste toutefois sur le fait que la situation reste sous contrôle. Le Trésorier australien Jim Chalmers affirme que le pays dispose d’ « assez de carburant », tout en reconnaissant des difficultés logistiques, en particulier dans les zones rurales. L’initiative s’inscrit aussi dans l’effort coordonné annoncé par l’Agence internationale de l’énergie, dont les 32 membres ont décidé de mettre sur le marché 400 millions de barils pour stabiliser les approvisionnements mondiaux.
Le transport aérien déjà affecté
Malgré ces mesures, les effets économiques se font déjà sentir dans plusieurs secteurs clés. L’aviation commerciale est l’une des premières touchées. La compagnie nationale australienne Qantas a ainsi annoncé « augmenter ses tarifs cette semaine en raison de la hausse des coûts, notamment des augmentations importantes du prix du kérosène ».
Les hausses devraient varier selon les destinations, mais atteindraient environ 5 % sur les lignes internationales. La compagnie souligne que la volatilité du marché pétrolier pèse lourdement sur ses comptes. « Nous continuons de suivre de près l’impact du conflit au Moyen-Orient sur la volatilité des prix du kérosène, qui ont augmenté jusqu’à 150 % au cours des deux dernières semaines. Malgré les mesures de couverture, cette situation entraîne une hausse des coûts pour l’ensemble du groupe », indique-t-elle.
La Nouvelle-Zélande envisage des restrictions
La situation apparaît encore plus délicate en Nouvelle-Zélande, où la dépendance aux importations d’hydrocarbures est particulièrement forte. Face à la flambée des prix — près de 10 % de hausse pour l’essence et plus de 20 % pour le diesel depuis le début du conflit — le gouvernement envisage des mesures radicales.
La ministre des Finances Nicola Willis a confirmé que des discussions étaient en cours sur l’éventuel recours à des lois anciennes permettant de limiter l’utilisation des voitures. Ces textes autorisent notamment l’instauration de « journées sans voiture » obligeant les automobilistes à laisser leur véhicule au garage un jour par semaine.
Ces dispositions avaient déjà été appliquées entre 1979 et 1980 après la Révolution iranienne, autre épisode majeur de perturbation des marchés pétroliers mondiaux. Elles permettent également la mise en place d’un système de coupons pour rationner la vente de carburant.
Des perturbations aussi dans l’aérien
L’impact se fait aussi sentir dans le transport aérien. La compagnie nationale Air New Zealand a annoncé l’annulation de 1 100 vols au cours des deux prochains mois, soit environ 5 % de son programme. Au total, près de 44 000 passagers devraient être affectés, principalement sur des liaisons domestiques.
Ces ajustements témoignent d’un choc énergétique qui se diffuse rapidement à l’ensemble de l’économie régionale. Dans des pays insulaires éloignés des grands centres de production, la dépendance aux importations pétrolières amplifie les effets de la crise mondiale.