Moyen-Orient : baril après baril, la production de pétrole s’assèche
latribune.fr
Aramco a mis en garde contre les " conséquences catastrophiques " pour le marché pétrolier mondial en cas de prolongation de la fermeture du détroit d'Ormuz.
Les frappes sur les raffineries et la fermeture du détroit d’Ormuz ralentissent progressivement la production de pétrole du Golfe, faisant craindre un autre effet domino sur les prix mondiaux.
Au cœur de la crise, le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), est quasiment paralysé. L’Iran a décrété le 2 mars que cette étroite voie maritime était désormais fermée et a prévenu qu’il tirerait sur tout navire tentant de l’emprunter. Treize navires ont déjà été attaqués dans le secteur, dont trois sur la seule journée du 11 mars, selon l’organisme spécialisé United Kingdom Maritime Trade Operations (UKMTO).
Le géant danois Mærsk compte dix navires bloqués dans le Golfe, a déclaré son directeur général au Wall Street Journal. Face à cette situation, le président américain Donald Trump a évoqué à plusieurs reprises la possibilité que l’US Navy escorte des pétroliers à travers le détroit, mais la marine américaine a jusqu’à présent refusé les demandes, jugeant les risques trop élevés. De son côté, Emmanuel Macron a annoncé une future mission « purement défensive (...) qui a vocation à permettre, dès que cela sera possible après la sortie de la phase la plus chaude du conflit, l’escorte de porte-conteneurs et de tankers pour rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz ».
Réduction de la production
Les conséquences sur la production sont tout aussi préoccupantes. En Arabie saoudite, premier exportateur mondial, la production n’a été réduite que marginalement, à environ 9,8 millions de barils par jour (bpj), contre un quota Opep de 10,1 millions. Mais des mesures ponctuelles perturbent le flux des hydrocarbures : la raffinerie de Ras Tanura, d’une capacité de 550.000 bpj, a été suspendue puis frappée à nouveau le 4 mars, et des chargements de brut sont redirigés vers le port de Yanbu sur la mer Rouge. Aramco a mis en garde contre les « conséquences catastrophiques » pour le marché pétrolier mondial en cas de prolongation de la fermeture du détroit d’Ormuz.
Aux Émirats arabes unis, ADNOC a provisoirement fermé sa raffinerie de Ruwais (922.000 bpj) après un incendie causé par une frappe de drone. Le port de Fujaïrah, l’un des plus importants sites de stockage de brut au monde, a également été touché par un incendie. Au Koweït, la Kuwait Petroleum Corporation a commencé à réduire sa production et a déclaré une situation de force majeure le 7 mars.
1,9 million de barils par jour
En Irak, la production des grands gisements du sud est passée de 4,3 à 1,3 million de bpj, soit une chute de 70 %. Dans le Kurdistan irakien, plusieurs compagnies ont suspendu leurs extractions, interrompant l’exportation de 200.000 bpj vers la Turquie. Le Qatar a suspendu le 2 mars l’activité de ses sites de GNL, qui approvisionnent environ 20 % du marché mondial du gaz naturel, et déclaré une situation de force majeure sur les chargements le 4 mars.
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À Bahreïn, Bapco Energies a déclaré lundi une situation de force majeure après une attaque contre sa raffinerie de Sitra (380.000 bpj), qui traite essentiellement du brut saoudien. Même en Iran, les bombardements israéliens ont atteint de nombreux dépôts de carburant ainsi que l’île de Kharg, principale plateforme d’exportation du pays. Selon le cabinet de consultants IRR, les compagnies de raffinage du Moyen-Orient ont réduit leurs capacités de traitement du brut de 1,9 million de bpj en conséquence directe du conflit.
L'Asie en première ligne
La perturbation des infrastructures de transport accentue la tension. Les grands assureurs maritimes annulent désormais la couverture pour risque de guerre pour les bateaux naviguant dans les eaux iraniennes, du Golfe et adjacentes, ce qui augmente encore le coût des expéditions et ralentit la circulation du pétrole et du GNL.
En Asie, continent le plus affecté par cette crise énergétique, de nombreuses raffineries et compagnies pétrochimiques ont réduit leur activité ou déclaré des situations de force majeure, notamment en naphte nécessaire au vapocraquage. La Corée du Sud va plafonner le prix du carburant, le Vietnam envisage de supprimer les taxes d’importation sur les carburants jusque fin avril, et le Bangladesh rationne le carburant, ferme les universités et avance les vacances de la fête de l’Aïd el Fitr