Impasse technique, sous-traitant défaillant, problèmes d'organisation... Le gendarme du nucléaire alerte sur le retard significatif de nombreux projets de démantèlement. Les difficultés ne concernent pas tant les réacteurs que les autres objets nucléaires, tels les ateliers de combustibles et les installations de recherche. Le CEA est particulièrement visé.Alors que la relance du nucléaire et les aléas rencontrés par l'EPR de Flamanville occupent largement l'espace médiatique, la question du démantèlement des installations nucléaires passe largement sous les radars. Ce jeudi matin, le gendarme du nucléaire a alerté sur les difficultés et les « retards significatifs » de plusieurs opérations de démantèlement.
Si des jalons importants ont été passés au cours des derniers mois, comme le désentreposage des combustibles usés dans l'installation 72 du CEA à Saclay, la bonne avancée de la construction d'un bâtiment sur le site d'Orano de La Hague pour la reprise des déchets de faible granulométrie ou encore la mise en route par le CEA d'un projet baptisé Decap dédié aux combustibles usés issus de l'ancien réacteur Pégase, un certain nombre de sujets « se retrouvent dans l'ornière », a reconnu Pierre Bois, directeur général adjoint de la nouvelle Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), à l'occasion de la présentation de son rapport annuel devant l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques.
Des difficultés de natures extrêmement variées
« Beaucoup de ces opérations sont des opérations uniques. Ce sont des opérations qui peuvent être complexes d'un point de vue technique, et d'un point de vue d'ingénierie et d'organisation », a exposé Pierre-Marie Abadie, à la tête de l'ASNR, qui se pliait pour la première fois à cet exercice devant l'Opecst. « Nous constatons effectivement (...) que plusieurs exploitants ont rencontré des difficultés de natures extrêmement variées : ça peut être la découverte de dégradation des structures, ça peut être un sous traitant défaillant qui n'est pas au niveau, ça peut être également une difficulté à mobiliser les moyens d'ingénierie et de préparation des projets en interne (...) », a-t-il indiqué.
« Les réacteurs nucléaires ne sont pas les objets les plus compliqués à démanteler car il y a déjà des retours d'expérience. Dans le cas d'un réacteur comme Fessenheim, il faut compter entre deux et trois ans pour démanteler le circuit primaire. Et environ huit ans pour un démantèlement entier », estime un expert de ce sujet. « Le démantèlement de Chooz (...) qui n'était pas un exercice très facile (...) s'est globalement bien déroulé. (...) Les opérations préparatoires à Fessenheim se déroulent aussi bien », a confirmé Pierre-Marie Abadie.