Dans le souci de permettre des économies à la Sécurité sociale, les pouvoirs publics ont décidé de diminuer le prix de vente des compresses médicales stérilisées. Une coupe drastique qui concerne toutes les références du marché, sauf celles produites non loin de Strasbourg par le groupe allemand Hartmann.Pas moins de 75 emplois industriels étaient menacés en périphérie de Strasbourg. « Nous n'étions plus capables de faire face à la concurrence chinoise », ne cache pas un dirigeant de cette usine de 450 collaborateurs, au milieu des lignes de production. Installé depuis 1972 en Alsace, le groupe allemand Hartmann fait face depuis de nombreuses années à la montée en puissance de la concurrence asiatique sur sa production de compresses médicales non tissées et gazes, produits du quotidien pour nettoyer des plaies diverses et variées. « En France, nous avons encore 20 % des parts de marché dans les officines, mais nous avons perdu 3 points à cause de cette concurrence », peste ce même responsable.
Dans un tel contexte, et sur un marché où les coûts sont extrêmement pressurisés au centime d'euros près, l'industriel allemand s'interrogeait, encore dans un passé récent, à l'arrêt de sa production de compresses et de gazes en France. Bien que disposant dans cette usine de productions en lien avec le marché de l'incontinence, une telle décision aurait fragilisé à terme le maintien du site industriel installé à Lièpvre (Haut-Rhin). Surtout, il s'agit de la dernière usine en France et en Europe qui fabrique ces deux produits omniprésents dans le quotidien des soignants et de leurs patients.
« Il faut imaginer la souveraineté sanitaire comme un jeu de dominos. Les compresses représentent le premier domino. Si celui-ci tombe, c'est l'ensemble de la chaîne de valeur qui à terme sera fragilisée », craint Omid Valinuri, le directeur de la production médicale chez Hartmann France, qui mène la visite entre les différentes lignes de production qui tournent en « 3/8 ».
La filiale française du groupe Hartmann a donc tenu à être démarquée de la concurrence en mettant en valeur un choix industriel complexe : se priver de l'oxyde d'éthylène. Composant chimique essentiel du funeste gaz moutarde, l'oxyde d'éthylène est omniprésent dans l'industrie médicale. Cette molécule chimique est utilisée pour la stérilisation des dispositifs médicaux, dont les compresses et les gazes. Et ce, malgré son extrême dangerosité. Pour preuve, 152 anciens salariés du fabricant de dispositifs médicaux aujourd'hui liquidé, Tetra Medical, demandaient réparation à leur ancien employeur pour le préjudice subi. Ils ont récemment obtenu gain de cause auprès des tribunaux et vont chacun faire l'objet d'une indemnisation financière pour avoir été au contact de ce gaz cancérigène.