La mobilisation d’une partie de l’épargne salariale (200 milliards d’euros en 2025) pour aider les entreprises françaises à investir et à se développer constitue une troisième piste conceptualisée par Olivier Lluansi (photo), l’un des fondateurs de...
Interrogé par La Tribune pour commenter les derniers chiffres du baromètre industriel de Trendeo, Olivier Lluansi fait le deuil de l’embellie industrielle française de ces dernières années. Le spécialiste des questions industrielles et professeur au Cnam regrette par ailleurs le manque de réaction politique à ce propos en France.
LA TRIBUNE. Comment interprétez-vous les résultats du baromètre industriel dévoilé ce jour par Trendeo, qui mettent en lumière un solde net d’ouvertures et de fermetures d’usines en France négatif pour la seconde année consécutive ? Surtout, le nombre de fermetures augmente plus fortement que celui des ouvertures.
OLIVIER LLUANSI. Nous sommes dans une phase de désindustrialisation, les chiffres le confirment. C’est un vrai signal d’alerte, et pas qu’un peu. Mais en face, nous n’avons pas une réaction politique à la hauteur des enjeux. Bien sûr, nous avons des grandes déclarations du commissaire européen Stéphane Séjourné sur le contenu local et la préférence européenne, mais cela prendra du temps. Ce n’est pas une réponse à l’urgence de la situation, je le crains. De plus, nos pouvoirs politiques français se cachent derrière ce paravent européen et c’est regrettable.
L’un des points cruciaux de l’étude est le fait que les grands groupes sont beaucoup plus acteurs de fermetures d’usines en 2025 que les années précédentes. Est-ce un premier effet de la surtaxe sur les grandes entreprises en vigueur dans le budget depuis 2025 ?
Il est vrai que les grandes entreprises sont à la peine dans ce baromètre, et donc pas seulement les ETI. Quant à la surtaxe sur les grandes entreprises, c’est un paramètre d’optimisation pour les grands groupes. À partir du moment où cette taxe est votée, ils vont voir dans quel pays ils pourront faire leurs activités pour s’assurer des meilleurs résultats. Ils ont les ressources humaines et financières pour construire une usine là où ils le souhaitent. Cette taxe est une balle dans le pied et il n’est pas impossible qu’elle ait des effets négatifs à terme.
Pouvons-nous faire un parallèle entre cette crise industrielle et celle que le pays a connu entre la fin des années 2000 et le début des années 2010 ?
Nous ne sommes pas encore arrivés à ces niveaux-là, mais ces chiffres de la fin d’année 2025 sont une alerte forte à prendre très au sérieux. Maintenant, il faut attendre les chiffres de l’Insee sur l’emploi manufacturier en France. Nous n’aurons pas chuté au niveau de 2010 mais je parie sur une baisse importante du nombre global en 2025. La dynamique positive connue entre 2017 et 2023 est du passé. Par ailleurs, ne parlons pas d’un mouvement schumpétérien dans l’industrie française, ce n’est pas le cas ! Les politiques ne doivent pas laisser penser cela.
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