Le Danemark rationne son réseau électrique et pénalise les data centers

Un parc solaire de 300 MW dans le sud du Danemark.
mras - via REUTERS - Ritzau Scanpix - RITZAU SCANPIX

Un parc solaire de 300 MW dans le sud du Danemark.
mras - via REUTERS - Ritzau Scanpix - RITZAU SCANPIX
Le Danemark change de doctrine énergétique. Confronté à une explosion des demandes de raccordement au réseau électrique, le gouvernement a annoncé lundi qu’il établirait désormais un ordre de priorité entre les projets. Les grands centres de données, très gourmands en électricité, seront relégués au dernier rang afin de préserver les capacités disponibles pour les infrastructures jugées essentielles.
Longtemps considéré comme l’un des pays les mieux dotés en matière d’électricité, le royaume nordique fait désormais face à un goulet d’étranglement. « Historiquement, le Danemark disposait d’un réseau électrique suffisant. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », reconnaît le ministère du Climat et de l’Énergie.
Le problème est d’ampleur. En mars dernier, le gestionnaire public des réseaux de transport de gaz et d’électricité, Energinet, avait déjà suspendu pendant trois mois l’examen des nouvelles demandes de raccordement. En cause : une demande sans commune mesure avec les capacités disponibles. Les projets en attente totalisent près de 60 gigawatts, alors que le système danois est dimensionné pour absorber environ 7 gigawatts lors des pics de consommation.
Pour éviter que les projets les plus énergivores ne monopolisent le réseau, le gouvernement présentera à la rentrée un projet de loi instaurant quatre niveaux de priorité pour l’accès aux capacités électriques. La catégorie la plus élevée concernera « les besoins protégés et fonctions essentielles pour la société ». À l’inverse, la dernière place reviendra à « certains grands consommateurs d’énergie », une catégorie dans laquelle plusieurs responsables de la majorité de centre-gauche rangent les grands centres de données.
« Il existe « un large soutien » en faveur « d’un plan d’urgence qui garantisse que la capacité disponible soit utilisée pour ce qui est le plus important pour le Danemark », a déclaré la ministre du Climat, Samira Nawa. « Les ménages, le secteur de la santé, la défense, les transports, le chauffage urbain, les entreprises et les énergies renouvelables ne doivent pas être relégués au second plan, tandis que des projets de très grande envergure et peu flexibles accaparent la capacité limitée », a-t-elle ajouté. L’exécutif souhaite appliquer ces nouvelles règles dès l’automne, lors du prochain examen des demandes de raccordement de grande ampleur.
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Cette décision illustre les tensions croissantes qui pèsent sur les réseaux électriques européens, alimentées par l’électrification de l’économie, le développement des énergies renouvelables, la montée en puissance des véhicules électriques, mais aussi l’implantation de centres de données, dont les besoins explosent avec le développement de l’intelligence artificielle. Le gouvernement danois entend parallèlement accélérer les investissements dans les infrastructures. Des négociations doivent s’ouvrir afin d’élaborer un plan global de développement du réseau électrique à l’horizon 2035.
Pour la principale organisation patronale du pays, cette hiérarchisation des raccordements ne constitue toutefois qu’un palliatif. La confédération de l’industrie danoise, Dansk Industri, estime que ce « plan d’urgence répond à un défi immédiat, mais n’aborde pas suffisamment la manière dont le problème de capacité sera résolu à plus long terme ».
Le défi est d’autant plus stratégique que le Danemark figure parmi les pays européens les plus avancés dans la transition énergétique. En 2025, près de 90 % de son électricité provenait des énergies renouvelables. Mais cette avance ne suffit plus à compenser les limites physiques d’un réseau désormais confronté à une demande qui croît beaucoup plus vite que ses capacités d’extension.