Droits de douane : la commission commerce du Parlement européen cède à l’ultimatum de Trump
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En acceptant de mettre en œuvre dans l'urgence un accord largement perçu comme déséquilibré, les institutions européennes prennent le risque de normaliser une forme de diplomatie du tarif sous menace.
/FW1FP/Thomas Derpinghaus - REUTERS - REUTERS - Yves Herman
Sous la menace de droits de douane « bien plus élevés » dès le 4 juillet, la commission du commerce international du Parlement européen a voté, à une écrasante majorité, la suppression de nombreux droits d’importation sur les produits américains, pour mettre enfin en œuvre l’accord conclu avec Donald Trump à l’été 2025 et éviter une nouvelle guerre commerciale transatlantique.
Les informations à retenir
Pourquoi l’UE accélère-t-elle l’accord commercial avec les États-Unis ?
Le Parlement européen a validé le 2 juin 2026 une baisse massive des droits sur les produits américains.
Donald Trump menace d’imposer des taxes jusqu’à 30% dès le 4 juillet en cas de retard.
L’accord de 2025 prévoit un plafond de 15% côté américain sur la plupart des exportations européennes.
L’UE supprime ses droits industriels et ouvre davantage son marché agricole et halieutique.
Plusieurs secteurs européens, dont l’agroalimentaire et l’industrie, redoutent une concurrence accrue.
Sous la menace explicite de voir les droits américains « grimper bien au-delà de 15 % » dès le 4 juillet, la commission du commerce international du Parlement européen a approuvé mardi 2 juin, par 31 voix contre 6 et 3 abstentions, un projet de règlement supprimant une large partie des droits de douane de l’Union sur les produits industriels américains et ouvrant davantage le marché européen à certains produits agricoles et de la mer. Ce vote, encore limité à la commission, est une étape clé pour que l’UE applique enfin l’accord commercial conclu avec Donald Trump en juillet 2025 en Écosse, après des mois de blocage qui ont nourri la colère de la Maison Blanche.
Dix mois plus tard, l’UE n’avait toujours pas transposé entièrement cet accord, malgré le feu vert des États membres fin mai et des mises en garde répétées venues de Washington. Bruxelles a déjà repoussé à deux reprises le calendrier de mise en œuvre, entre tensions politiques transatlantiques et incertitudes juridiques américaines sur la légalité de certains tarifs.
Début mai, Donald Trump a transformé ce retard en arme politique en fixant un ultimatum : si l’Union n’a pas mis en place les réductions de droits prévues d’ici au 4 juillet, les exportations européennes s’exposeront à des droits « bien plus élevés » que les 15 % promis, avec en ligne de mire l’automobile, la chimie ou l’agroalimentaire. La menace de nouveaux droits de 25 % à 30 % sur certains produits explique la précipitation actuelle du Parlement.
Un vote « technique » pour éviter la surenchère
Le vote de ce mardi ne vaut pas ratification définitive de l’accord par l’UE, mais il verrouille la position du Parlement avant un vote en séance plénière attendu à la mi‑juin. Les États membres ont déjà validé, au Conseil, le cadre législatif qui traduit l’accord de juillet 2025, ouvrant la voie à la suppression des droits sur plusieurs catégories de biens industriels américains et à l’élargissement des contingents tarifaires pour des exportations agricoles et de produits de la mer venus des États‑Unis.
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Dans la commission commerce, la majorité des groupes politiques s’est rangée derrière la logique du « moindre mal » : accepter l’accord de Turnberry, pourtant critiqué dans plusieurs capitales, afin d’éviter une escalade immédiate des droits américains sur les biens européens.
Les eurodéputés favorables au texte assument de « voter sous la contrainte », estimant que ne rien faire exposerait les exportateurs européens à un choc brutal dès l’été, quand les opposants dénoncent une validation ex post de la méthode Trump.
Suppression de droits et ouverture accrue aux produits américains
Le cœur du compromis est désormais clair : l’UE s’engage à éliminer ses droits de douane sur la quasi-totalité des biens industriels américains et à accorder un accès préférentiel à une palette de produits agricoles et halieutiques, des noix aux produits laitiers en passant par certains fruits, légumes et viandes. En contrepartie, les États‑Unis plafonnent à 15 % l’ensemble des droits appliqués à la grande majorité des biens européens concernés, en combinant tarifs de base et surtaxes décidées au titre des sections 232, y compris sur des secteurs sensibles comme l’automobile, certains médicaments, les semi‑conducteurs ou le bois.
Ce plafonnement ne s’applique toutefois pas à tous les produits et laisse subsister des poches de forte taxation, notamment sur l’acier et l’aluminium, où des droits pouvant aller jusqu’à 50 % resteront en vigueur pendant une période transitoire. Les secteurs métallurgiques restent ainsi soumis à un régime de droits élevés et de quotas qui devra faire l’objet de négociations ultérieures. Des secteurs comme le vin et les spiritueux n’ont obtenu ni baisse supplémentaire ni exemption spécifique, alors même qu’ils resteront soumis à des taxes proches de 15 % aux États‑Unis tout en affrontant davantage de concurrence américaine sur le marché européen.
À l’inverse, les fabricants européens d’équipements industriels, de produits chimiques intermédiaires ou de biens d’ingénierie redoutent une concurrence américaine renforcée sur le marché intérieur, alors que l’énergie reste moins chère outre‑Atlantique. La combinaison de droits nuls à l’entrée et de coûts énergétiques plus faibles aux États‑Unis pourrait rogner les marges de nombreux sites européens.
Les filières agroalimentaires et de la pêche s’inquiètent aussi de la montée en puissance probable des exportations américaines de porc, de produits laitiers, de fruits transformés et de produits de la mer, là où la Commission parle de « produits peu sensibles » mais où les producteurs contestent cette lecture.
En acceptant de mettre en œuvre dans l’urgence un accord largement perçu comme déséquilibré, les institutions européennes prennent toutefois le risque de normaliser une forme de diplomatie du tarif sous menace, où l’ultimatum présidentiel devient un argument décisif. Le précédent ne passera pas inaperçu auprès d’autres partenaires, qui observent comment la perspective de droits massifs peut infléchir, en quelques semaines, une position européenne laborieusement construite.