Construction navale : le plan de Bruxelles pour briser le monopole de 80 % de la Chine et de la Corée

Le navire de croisière Celebrity Ascent aux chantiers navals Les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire.
SM - REUTERS - STEPHANE MAHE

Le navire de croisière Celebrity Ascent aux chantiers navals Les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire.
SM - REUTERS - STEPHANE MAHE
La Commission européenne lance une stratégie pour regagner des parts de marché face à la Chine et la Corée du Sud, qui contrôlent 80 % de la construction mondiale de gros navires de commerce.
Le plan repose sur la décarbonation, le made in Europe technologique (propulsion nucléaire civile, navires duals) et la modernisation des infrastructures portuaires.
L’UE mobilisera le futur Fonds européen de compétitivité (budget 2028-2034) pour financer la transition numérique et écologique du secteur.
L’Europe tente de reprendre la main sur les océans. Dominante jusque dans les années 1960, la construction navale européenne ne pèse plus aujourd’hui que 12 à 15 % du marché mondial. Face à ce déclin, Bruxelles a dévoilé mercredi 4 mars 2026 une stratégie inédite. Ce texte s’intègre dans le plan plus vaste de réindustrialisation et de défense du made in Europe porté par l’exécutif européen.
Selon l’association Sea Europe, la Chine et la Corée du Sud concentrent désormais 80 % de la production mondiale de porte-conteneurs, vraquiers et pétroliers. Pékin a littéralement « accaparé tout le marché » des navires de transport standardisés, selon les représentants de l’industrie.
L’industrie européenne survit grâce à sa domination sur des segments de niche à haute valeur ajoutée. Elle reste leader sur le marché des navires de croisière et des bâtiments spécialisés comme les dragueurs, les remorqueurs ou les brise-glace. Seuls quatre acteurs majeurs maintiennent encore une présence industrielle d’envergure sur le continent : les Chantiers de l’Atlantique (France), Fincantieri (Italie), Meyer-Werft (Allemagne) et Meyer Turku (Finlande).
Pour inverser la tendance, le commissaire européen à l’Industrie, Stéphane Séjourné, prône une accélération technologique. La stratégie vise à stimuler la compétitivité par l’innovation radicale. Bruxelles cite notamment le développement de navires civils à propulsion nucléaire et de ferries à double usage, capables de servir des missions civiles et militaires.
Le plan prévoit d’orienter la commande publique vers des navires construits dans l’Union européenne. L’idée est d’intégrer des critères de durabilité et d’origine géographique pour réduire la dépendance stratégique vis-à-vis de l’Asie. L’eurodéputé Wouter Beke souligne que ce soutien aux technologies duales est essentiel pour « renforcer notre économie et notre sécurité ».
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Le combat est toutefois asymétrique sur le plan financier. Entre 2020 et 2024, la Chine a injecté 15 milliards de dollars de prêts publics et 25 milliards de dollars de subventions directes dans ses chantiers. À l’inverse, l’Europe reste le seul bloc au monde à respecter un accord de l’OCDE de 1994 interdisant toute subvention directe à la construction navale.
Pour contourner ce carcan, l’UE mise sur ses programmes transversaux. Le futur Fonds européen de compétitivité, prévu dans le budget 2028-2034, prendra le relais des outils actuels (Innovation Fund, Horizon Europe) pour financer des navires « propres » et numériques. L’objectif est de compenser un écart de coût de construction estimé entre 30 et 40 % par rapport aux chantiers asiatiques.
(Avec AFP)