Canberra a ordonné à des actionnaires chinois de Northern Minerals, une entreprise nationale qui produit des terres rares, de vendre leurs parts.
L'Australie tape du poing sur la table. Le pays a ordonné lundi à un groupe d'actionnaires chinois du producteur de terres rares australien Northern Minerals de céder leurs parts.
Six actionnaires sont concernés. Trois d'entre eux sont enregistrés en Chine, deux à Hong Kong et l'un a une adresse dans les îles Vierges britanniques. Dans cette liste se trouvent Vastness Investment Group, basé à Pékin, et Qogir Trading and Service Company, basée à Hong Kong, qui détiennent respectivement plus de 6 % et près de 5 % de Northern Minerals. A noter que, Vastness avait tenté en début d'année de remplacer le président de l'entreprise, avant de se rétracter. Northern Minerals a indiqué examiner « les nouvelles directives en matière de vente et fera une nouvelle annonce dès qu'elle aura terminé ».
« Nous appliquons un cadre ferme et non discriminatoire pour les investissements étrangers et nous prendrons d'autres mesures si nécessaire afin de protéger notre intérêt national dans cette affaire », a déclaré le Trésorier d'Australie, Jim Chalmers, dans un communiqué.
Un bras de fer qui dure depuis plusieurs années
Et pour cause, des investisseurs chinois ont ces dernières années cherché à prendre des participations importantes dans cette entreprise basée en Australie.
Ce, car Northern Minerals cherche à remettre en cause la domination de la Chine dans la production de dysprosium. Pékin produit, en effet, près de 99 % de ce minérai utilisé pour fabriquer des aimants permanents entrant dans la composition des véhicules électriques.
Le gouvernement australien avait déjà utilisé en 2024 une loi sur les investissements étrangers pour forcer un autre groupe d'investisseurs lié à la Chine à céder ses participations. Craignant une prise de contrôle, l'entreprise s'est ensuite elle-même soumise à l'examen de la commission australienne chargée d'évaluer les investissements étrangers en novembre 2025. Depuis, le gouvernement suit de près la situation.
Les terres-rares, un enjeu géopolitique majeur
La querelle autour de Northern Minerals est révélatrice de l'enjeu que représentent les terres rares pour les pays. La Chine extrait environ 60 % des terres rares mondiales, raffine près de 85 % de la production et fabrique environ 94 % des aimants permanents à base de terres rares. Depuis plusieurs années, Pékin restreint progressivement ses exportations de terres rares et d’aimants permanents. Ces restrictions touchent directement les secteurs utilisateurs, notamment l’industrie médicale, les véhicules électriques et surtout la défense.
Mais plusieurs nations cherchent à se détacher de Pékin avec des ressources alternatives. Les États-Unis ont ainsi signé en octobre un accord visant à faciliter l'accès aux gisements australiens de terres rares et de minerais critiques. Northern Minerals figurait justement parmi les entreprises australiennes mises en avant dans le cadre de cet accord.
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La France, elle, a annoncé début mai le « plan national sur les terres rares ». Un projet qui vise à couvrir 100 % des besoins européens en terres rares lourdes et 25 % des besoins en terres rares légères d'ici 2030 ainsi que de produire des alliages de terres rares à hauteur d’environ 10 % des besoins de l’industrie européenne.