Parvenu à sa tête en 2013, Xi Jinping transforme l’Armée Populaire de Libération en bouclier du parti léniniste, martelant : « L’URSS a chuté faute de résistance ». Avec les généraux Xu Qiliang et Zhang Youxia, il lance une modernisation technologique sans précédent, doublée de purges massives pour forger une élite militaire offensive. Par Yannick Genty-Boudry, Dromology Analytics
«Seule notre corruption pourra nous vaincre»,Xi Jinping
«L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat», Sun Tzu
Vice-président de la Commission militaire centrale en 2010, au moment où les printemps arabes érodent les autocraties du Proche et du Moyen-Orient, Xi Jinping est convaincu que ces événements sont à l’initiative des cercles néo-conservateurs occidentaux, tout comme ceux liés aux révolutions de couleur en Europe de l’Est et en Asie Centrale quelques années plus tôt. Parvenu à la présidence de cette commission en 2013, il cherchera à faire de l’Armée populaire de Libération le rempart qui défendra coûte que coûte le parti léniniste. Dans une allocution devenue célèbre, il affirmera que « Si l’URSS s’est effondrée, c’est parce que personne n’a été assez courageux pour se lever et résister ». Avec l’appui de deux de ses proches au sein de la CMC, les généraux Xu Qiliang et Zhang Youxia, il va initier un vaste programme de modernisation et de numérisation des forces armées. Mais surtout des purges sans précédent depuis Mao pour faire naître une nouvelle génération de chefs militaires aspirant au combat. Car face à la puissance aéronavale américaine, Xi Jinping considère que la Chine manque de profondeur stratégique en raison de l’ampleur de ses côtes et n’a donc d’autre choix que d’opter pour une posture offensive. Si le caractère spectaculaire des matériels futuristes présentés lors du défilé militaire du 3 septembre dernier a suscité de nombreux articles, les implications stratégiques des dispositifs qui structurent cette accélération technologique, et qui s’appuient sur une volonté politique sinon idéologique au plus haut niveau de l’état, vont en fait bien au-delà de pires scénarios imaginés par les planificateurs occidentaux.
Dissuasion
En faisant défiler 47 nouveaux systèmes sur un total de 76 pour commémorer le 80e anniversaire de la victoire sur le fascisme, Pékin souhaitait adresser un message à son premier cercle comme aux capitales occidentales. Car traditionnellement ne défilent que les matériels déployés ou en cours de déploiement. Mais au-delà de la réaction émotionnelle suscitée par cette profusion de matériels, quelles sont ces nouvelles capacités militaires qui inquiètent tant les états-majors occidentaux ?
Alors que Pékin dispose toujours de 600 ogives nucléaires, le Pentagone estime que ce chiffre triplerait dans les 10 ans, l’événement a officialisé la renaissance de la triade nucléaire chinoise, dotée de capacités sans précédent. Les 12 bombardiers H-6N des forces aériennes stratégiques ont été récemment équipés du nouveau missile JL-1 capable de cibler toutes les bases américaines du Pacifique comme Guam, Wake et Pearl Harbour. Le nouveau missile intercontinental JL-3 destiné aux SNLE a également fait une apparition remarquée. Sans quitter la mer de Bohai, les 6 Type 94 qui disposent désormais d’une permanence à la mer, pourraient désormais frapper la côte ouest des États-Unis (mais aussi la Polynésie) grâce au nouveau missile JL-3 d’une portée de 11 000 km. La Force des Missiles n’a pas non plus été négligée, car les silos chinois accueilleront également deux nouveaux ICBM, le DF-31 BJ à propulsion solide, et surtout le DF-5C, doté d’une puissance de plusieurs mégatonnes répartie sur 12 têtes multiples, et dont les médias chinois revendiquent la « capacité globale », en clair son aptitude à frapper pour la première fois l’intégralité du territoire américain, avec une portée de plus de 14 000 km.
Ces capacités de dissuasion sont également conventionnelles, car Pékin a tout récemment déployé de nouveaux vecteurs qui menacent les «assets» occidentaux de premier plan. Une palette de missiles hypersoniques aurait été récemment déployée au sein des trois armes. Ces missiles que sont les CJ-1000, YJ-17, YJ-19, ou YJ-21 de par leur portée, vitesse ou type de trajectoire ont été spécifiés pour déborder et saturer, les capacités de détection et d’engagement des systèmes anti-missiles américains Aegis, Patriot, ou THAAD. En outre, des bombardiers H-6J de la marine ont récemment multiplié les exercices à basse altitude en mer de Chine en larguant avec deux appareils plus de 24 T de mines en un seul passage, dans le but d’interdire à toute flotte l’accès à un détroit. L’apparition du nouveau missile anti-balistique HQ-29 à capacité anti-satellite, portant à plus de 500 km d’altitude a également suscité une certaine émotion puisqu’il menace directement les satellites de reconnaissance occidentaux comme les pléiades à usage dual de type Starlink. Mais l’émotion s’est muée en consternation au sein des délégations occidentales invitées avec la présentation du drone suicide sous-marin de 20 m, l’AJX 002, capable de neutraliser à plusieurs milliers de kilomètres comme le Poséidon russe, une base navale ou un hub logistique, en créant un mini Tsunami par la puissance de son explosion.
La nouvelle triade nucléaire chinoise est désormais en capacité de couvrir l’intégralité du territoire américain et de ses bases militaires. (Crédits : DR)
Projection
Les derniers rapports du Pentagone ont confirmé que la Chine disposait désormais de la première flotte de combat devant l’US Navy avec plus de 423 bâtiments (dont 7 porte-avions et hélicoptères, 61 sous-marins, 50 destroyers et 47 frégates) destinés à mener des opérations en haute mer. En 2035, le nombre de bâtiments actuel aura doublé, et ce sans comptabiliser l’arrivée de plateformes totalement robotisées aperçues lors du défilé comme un nouveau patrouilleur USV doté de sonars anti-mines et anti sous-marins, d’un drone de renseignement sous-marins géant (XLUUV), le HSU 100, dédié aux missions de reconnaissance côtière y compris en eau peu profonde comme le détroit de Taïwan qui ne dépasse pas 60 m. Ces capacités de projection intègrent également de nouveaux moyens destinés aux forces terrestres. À côté des 4650 véhicules amphibies (ZBL-8, et ZTL-11 qui emporte un canon de 105 mm), on trouve trois nouveaux blindés aéro-largables destinés aux parachutistes, dont un mortier auto-moteur, et surtout un nouveau char de combat de 45 tonnes, le ZTZ-100. Bardé de capteurs, d’une tourelle avec un canon de 105 mm télé-opérable depuis un drone, et d’un blindage modulaire inspiré du Merkava israélien, ce char est clairement développé pour répondre aux enjeux des théâtres taïwanais, coréens ou japonais très fortement montagneux et où l’enjeu principale consiste à s’emparer des centres urbains. On note aussi l’arrivée depuis 2024 du nouvel hélicoptère armé de 10 T, le Z-20T, destiné aux missions d’attaque et d’assaut. Cette capacité de projection repose également sur une flotte de 217 appareils de transport opérationnels, dont plus de 67 exemplaires du nouveau Y-20 transportant 66 T à plus de 7800 km, complétée par une version de ravitaillement en vol, le YY-20 sorti en 2022, qui a volé au-dessus du défilé, emportant lui 80 T de carburant. L’APL a planifié pour 2032, une flotte de 100 Y-20 et de 75 YY-20. Ajoutons que l’Ukrainien Antonov, exsangue, a largement contribué au design de plusieurs appareils chinois comme le Y-20, et a même en août 2016 signé un accord avec le chinois AICC/AVIC pour la mise en production de l’avion-cargo An-225 d’une capacité de fret de 250 T. En comparaison, la France ne dispose que de 24 A400M et de 15 ravitailleurs A-330 MRTT.
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Saturation
Mais les chiffres sont encore plus impressionnants lorsque l’on comptabilise les matériels récents effectivement déployés. Avec 30 % du budget militaire américain et 1,7 million de combattants, la Chine ne dispose pas seulement comme nous l’avons vu de la première flotte de combat, mais aussi du plus grand arsenal de missiles terrestres conventionnels avec 850 DF-26 d’une portée de 4000 km, de la seconde armée de l’air(2100 appareils, dont près de 50 % de génération 4,5 comme le Rafale, et 7 % de génération 5), et de la seconde force spatiale avec 250 satellites militaires (100 d’imagerie, et 75 d’écoute).
La modernisation accélérée de l’armée chinoise passe nécessairement par le déploiement de drones dotés d’IA destinée à les rendre aussi autonomes qu’un opérateur humain. Par ce biais, elle cherche à décupler rapidement son ordre de bataille, mais aussi à s’affranchir des problématiques de recrutement, de formation, de disponibilité, ou de compétence liées aux ressources humaines. Le défilé a mis en vedette ces nouvelles plateformes. Qu’elles soient terrestres pour appuyer les fantassins sur des missions d’appui feu, de transport, de reconnaissance ou de déminage. Mais aussi navales pour des missions de patrouille ou de déminage, de renseignement côtier, voire d’opérations hybrides. Ce sont surtout les drones de combat aérien qui ont monopolisé l’attention, avec la présentation de 5 UCAV différents (plus deux autres qui n’ont participé qu’aux répétitions). Si une étude attentive révèle que le niveau de maturité des 3 drones ailiers est relativement hétérogène, en revanche en queue de cortège ont été présentées 2 plateformes réellement disruptives les Type A et B. Depuis 2006, le géant aéronautique AVIC travaille sur le programme Dark Sword, un appareil de combat autonome hautement furtif de 6e génération, et de plus de 16 m d’envergure déclinée en version de supériorité aérienne et d’attaque au sol. Or, il semble que les Type A et B au regard de leurs géométries comme de leurs capteurs concrétisent cette aspiration. D’autant qu’il portent le matricule de la brigade des drones de combat déployés sur la base de Hotan, au sud du désert du Taklamakan, qui a notamment pour mission d’anticiper et de neutraliser les tentatives d’incursion par l’Himalaya des Rafale indiens.
Après avoir déployé deux appareils de 5e génération, le J-20 et le J-35, Pékin a débuté les essais en vol des plateformes de sixième génération qui répondront au NGAD et au SCAF, le J-50 et le J-36. Mais aussi ceux de leur bombardier nucléaire furtif,... (Crédits : DR)