OPINION. « Une gestion intelligente de l’eau et des agriculteurs bien rémunérés sont les premiers leviers contre le réchauffement climatique »

Yves Tramblay et Blaise Desbordes
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Yves Tramblay et Blaise Desbordes
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Par Yves Tramblay, Directeur de recherche en Hydrologie, Institut de Recherche pour le Développement, contributeur du sixième rapport du Giec et Blaise Desbordes, Directeur de l’ONG Max Havelaar
La canicule historique du mois de juin a frappé les esprits et affecté la circulation des personnes et des biens. Bien que le bilan définitif ne soit pas encore connu, les analyses s'appuyant sur des chiffres de mortalité toutes causes confondues, il met en évidence une surmortalité pendant la période. Depuis le 24 juin dernier, le nombre de décès quotidiens a augmenté de 20 à plus de 50 % selon les jours, avec un pic à plus de 1 400 morts. Autrement dit, cette canicule était d’abord une urgence sanitaire.
Derrière ce premier constat, un autre péril, plus silencieux mais tout aussi dévastateur, s’est trouvé mis en exergue : l’impact du réchauffement climatique sur notre agriculture. Les épisodes de très forte chaleur sont et seront demain synonymes de perturbations profondes du cycle de l'eau et d’effondrement des rendements.
Pour rappel, la production nationale de maïs a décroché de près de 30 % pendant la sécheresse historique de 1976.
En frappant les agriculteurs français, les périodes de grande chaleur nous confrontent très directement à la robustesse de notre système et à la question de notre sécurité alimentaire. Comment accroître la stabilité économique de ceux qui nous nourrissent ?
On ne peut d’abord que déplorer que l’actuelle loi d’urgence agricole ne protège pas plus directement les deux piliers que sont une gestion de l’eau intelligente et des prix rémunérateurs pour les agriculteurs.
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Nous constatons en premier lieu que l'adaptation de l'agriculture au changement climatique ne peut pas se limiter au fait de sécuriser l’accès à l'eau. L'enjeu est aujourd’hui moins d’en stocker toujours davantage, que de construire des systèmes agricoles moins dépendants de l'irrigation et plus durables.
Une stratégie d'adaptation efficace consisterait par exemple à réduire la vulnérabilité des systèmes agricoles aux sécheresses et aux vagues de chaleur. Cela impliquerait d'agir à la fois sur les pratiques culturales, les choix d'espèces et de variétés, pour diminuer la dépendance à une ressource qui va devenir de plus en plus rare.
Les retenues de substitution peuvent, au cas par cas, être utiles, mais elles restent une réponse parmi d'autres. Le piège des débats parlementaires en cours est de les ériger en solution unique, là où il faudrait plutôt repenser totalement notre rapport à la ressource.
Les investissements et les mesures d'urgence discutés actuellement devraient être choisis et arrêtés à l'aune de leur robustesse. Sont-ils viables pour demain ? Sont-ils des outils de long terme, capables de nous faire sortir de modèles agricoles qui seront demain inadaptés face aux évolutions du climat ? L'eau est un bien commun, son usage ne peut se limiter à répondre à l'urgence d'un seul secteur. Elle doit faire l’objet d’un traitement durable, articulé entre des usages pluriels.
Nous pensons ensuite qu’une juste rémunération des agriculteurs est un outil central pour se protéger du réchauffement climatique. Le Shift Project, think tank spécialisé sur le climat, a récemment démontré combien tous les scénarios de résilience climatique de l’agriculture française passaient par des systèmes de garantie de revenus pour les agriculteurs.
Alors que le thermostat s’affole et au lieu de traiter à bras-le-corps la question, notre débat public s'égare dans un face-à-face stérile et théâtralisé entre la grande distribution, éternel apôtre du prix bas, et les multinationales agroalimentaires.
Si l’article 21 de la loi ouvre une voie positive avec le « tunnel de prix » susceptible d’éviter les prix cassés, notamment dans le lait et la viande, il le fait de manière beaucoup trop timide et tardive. Il faut aller plus loin en assurant la transparence sur les marges agricoles et en protégeant les agriculteurs avec des prix minimaux équitables.
La capacité à s’adapter à un climat déréglé passera par un nouveau modèle agricole : un modèle qui anticipe la rareté et les crises de demain, et qui le fait en plaçant les agriculteurs au centre.