OPINION. « Cessons de demander aux neuro atypiques de "rentrer dans le moule" »

Nathalie Coggia et Juliette Speranza
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Nathalie Coggia et Juliette Speranza
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Par Nathalie Coggia et Juliette Speranza (*)
Autisme, TDAH, troubles « dys », haut potentiel : ces fonctionnements différents concerneraient 15 à 20 % de la population. Ils restent en marge des politiques publiques, non parce qu’ils sont rares, mais parce qu’ils échappent aux catégories qui structurent l’action publique.
Or cette invisibilité n’est pas neutre : elle produit des injustices sociales, trahit l’idéal d’égalité des chances et a un coût réel - des parcours qui déraillent, des talents gâchés, des personnes que la société finit par « handicaper ».
Beaucoup de personnes neurodivergentes ne présentent aucune déficience intellectuelle, parfois au contraire. Elles s'adaptent, compensent, masquent, au prix d'un effort constant et invisible. Or notre système ne reconnaît que deux cases : le handicap reconnu, ou rien. Nombre d'entre elles vivent dans l'entre-deux, trop autonomes pour être accompagnées, mais entravées par des environnements qui ignorent la diversité cognitive.
C’est là que se construisent les ruptures de parcours : à l’adolescence, quand les exigences sociales s’intensifent ; dans le supérieur, où l’autonomie est attendue mais peu accompagnée ; au travail, où l’organisation souvent trop rigide, les attentes implicites et les modes d’évaluation, deviennent des obstacles durables.
On déplore une « explosion de diagnostics ». Certes, si la société était moins standardisante, plus accessible à la neurodiversité, le besoin de catégoriser les profils serait moindre.
En l'état actuel, les difficultés tiennent au sous-repérage et à des diagnostics trop tardifs - faute de financement des centres de bilan et de la recherche - plus encore pour les femmes, dont la neurodivergence est plus difficile à identifier. On voit arriver des adultes diagnostiqués à quarante ou cinquante ans, après une vie à se croire responsables de leurs échecs. Cette non-reconnaissance précarise et condamne des vies : tant que nous hiérarchiserons les intelligences, nous trahirons la promesse d'égalité des chances et perdrons de précieux talents.
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Reconnaître ces talents, c'est aussi servir l'économie. Laissés sans accompagnement, ces parcours nourrissent troubles mentaux et chômage. Et dans un monde porté par l'innovation et l'analyse, exclure ces profils est une perte collective. Mieux les inclure peut devenir un facteur de performance, à condition d'adapter les environnements.
Certains pays l’ont compris : le Royaume-Uni combine droit antidiscriminatoire et accompagnement vers l’emploi ; l’Australie a bâti une stratégie nationale globale. La France dispose d’un socle juridique solide et d’un délégué aux troubles du neurodéveloppement, Etienne Pot, dont nous saluons le travail. Mais cette approche reste centrée sur l’enfance, les troubles les plus visibles et le médico-social : le supérieur, l’emploi, la vie adulte et la perspective de genre restent insuffisamment pris en compte. À l’échelle européenne, la neurodiversité n’est pas explicitement identifiée et les pratiques restent hétérogènes.
Une évolution s’impose : reconnaître la neurodiversité comme un enjeu transversal, à l’interface des politiques de santé, d’éducation et d’emploi ; faciliter l’accès aux aménagements, même sans reconnaissance administrative. Changer enfin de paradigme : passer de l’adaptation des individus à celle des environnements. Ne plus pathologiser les profils qui s’éloignent de la norme, mais admettre que diversité rime avec complémentarité.
La neurodiversité n’est ni une mode, ni une question marginale. C’est une cause politique. Elle interroge notre capacité à penser ensemble égalité des chances et efficacité collective. Des institutions qui se veulent « justes » ne sauraient tolérer cette exclusion massive. À nous, désormais, de ne plus détourner le regard.
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(*) Nathalie Coggia, Députée de la 5ème circonscription des Français de l’étranger (Espagne, Monaco, Andorre et Portugal) et Juliette Speranza, docteure en philosophie, enseignante-chercheuse à l’INSEI, autrice, fondatrice de l’association la Neurodiversité-France