OPINION. « Présidentielle 2027 - climat : urgence ou oubli ? »

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Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière
Il est désormais établi que l’activité humaine a réchauffé la planète. Seuls des investissements massifs peuvent limiter les dégâts. Il faut une mobilisation financière mondiale immédiate. C’est une guerre des capitaux à mener sans délai. Elle pourrait éviter des millions de victimes. Des COP de 1995 à 2025 dressent un bilan amer, parfois catastrophique. Citoyens, gouvernements et entreprises veulent tous mieux, mais concilier croissance, profit et protection climatique reste le grand défi.
Les feux gagnent en durée et en intensité. Ils ravagent forêts et infrastructures et provoquent des évacuations massives. Les inondations surviennent en crues soudaines ou par montée lente du niveau de la mer. Villes et campagnes se retrouvent submergées, populations déplacées. Les accidents mortels se multiplient : noyades liées aux crues, incendies domestiques et accidents routiers lors des évacuations, effondrements d’ouvrages. Les épisodes extrêmes multiplient sinistres et pertes humaines. Les secours sont souvent débordés, les communautés durablement fragilisées. La majorité des pays traversent des crises multiples : énergétique, alimentaire, économique, sanitaire, endettement, etc.
Climat ou IA ? les big tech ont choisi. Alors que la Terre brûle, ils nous bâtissent des data centers**.** Les investissements mondiaux dans l’IA atteignent des niveaux historiques : plus de 470 milliards de dollars aux États‑Unis, 125 milliards en Chine et environ 110 milliards en Union européenne. Le marché global de l’IA est évalué à 168,5 milliards en 2025 et pourrait atteindre 2,76 trillions de dollars en 2032, avec une croissance annuelle moyenne de 32,5%. Derrière ces chiffres, une compétition intense se joue entre États, entreprises et investisseurs, transformant déjà la finance, la santé, l’industrie et les services.
Pour le climat, l’OCDE et l’ONU évoquent désormais des besoins de l’ordre de 1,3 trillions de dollars par an pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2030‑2035. Tel est le défi mondial pour espérer atteindre la neutralité carbone. Les financements actuels dépassent à peine les 100 milliards de dollars annuels. L’écart est colossal. Sans cet effort financier, la planète restera sur une trajectoire de chaos climatique.
Qu’est-ce que l’IA nous apportera en 2035 ? Faut-il geler une grande partie des investissements dans l’IA et transférer ces fonds vers la neutralité carbone ? C’est un choix politique et économique majeur. Prioriser la course technologique ou financer la survie climatique : quelle priorité donnerons-nous à la planète ?
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Guerre des financements : sauver le climat d’abord. En 2025, les guerres ont fait plus de 240 000 morts et déplacé 122 millions de personnes. Dans le même temps, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2,887 trillions de dollars, soit 2,5% du PIB. Les États‑Unis, la Chine et la Russie dominent ce classement. L’Europe a fortement augmenté ses budgets sous la pression de l’OTAN. Ce contraste est brutal : alors que la planète réclame 1,3 trillion de dollars par an pour la neutralité carbone, les nations consacrent déjà plus du double à l’armement. Les guerres actuelles aggravent les crises humanitaires et climatiques, tout en détournant des ressources vitales pour la transition écologique.
En 2026, la croissance mondiale devrait ralentir à 2,9%, après 3,2% en 2024 et 3% en 2025. La hausse des prix de l’énergie et les tensions commerciales, notamment l’escalade tarifaire américaine, pèsent sur l’activité. Les politiques monétaires plus souples amortissent le choc, mais l’incertitude reste forte. La zone euro, après 0,8% en 2024, affiche 1,4% en 2025 puis 1,3% en 2026, avec une inflation autour de 2,3‑2,5% et un chômage stable à 6,5%. La France reste fragile : croissance limitée à 0,7% en 2025 et 2026, inflation contenue à 1,4%, mais chômage en hausse à 8% et déficit public encore élevé à 5% du PIB. L’investissement recule, l’emploi marchand se contracte, confirmant une conjoncture tendue.
En même temps, la richesse mondiale a bondi de plus de 10% en 2025, atteignant environ 550 000 milliards de dollars, un record depuis 2017. La planète s’enrichit rapidement, mais de manière inégale, avec une concentration extrême aux États‑Unis et en Chine.
Boom boursier inégal entre États‑Unis, Chine et Europe. En 2025, les Bourses ont connu une année spectaculaire mais inégale : le S&P 500 a grimpé de +17,9%, le Nasdaq de +20% et le Dow Jones de +13%. En Chine, le MSCI China a bondi de +30%, le CSI 300 d’environ +18% et le ChiNext près de +50%. L’Europe a affiché des performances contrastées selon les places et les secteurs. Pour 2026, les marchés devraient marquer le pas : les analystes tablent sur une progression plus mesurée, autour de +8%, avec une sélectivité accrue et des risques de correction sur les valeurs les plus chèrement valorisées.
Les grandes institutions internationales tirent la sonnette d’alarme : institutions internationales longtemps associées au paradigme néolibéral, ONU, OCDE et FMI, préconisent de réorienter massivement les flux financiers vers la lutte contre le changement climatique plutôt que de concentrer les capitaux sur la course technologique (IA) ou l’armement. Leurs rapports montrent que l’investissement dans l’atténuation et l’adaptation stimule la croissance, crée des emplois et réduit les risques macroéconomiques liés aux catastrophes climatiques. Par contre, des dépenses militaires et des bulles technologiques pèsent sur la résilience. Réformer le "code du capital" pour mieux orienter et répartir les richesses n’est pas une utopie mais une stratégie de prévention économique et sociale. Dans son livre "Comment la loi crée la richesse capitaliste et les inégalités" Katharina Pistor soutient que le : "droit conçu par et dans l'intérêt de riches acteurs privés induit à la fois l'accumulation de richesse, l'envol des inégalités et les crises à répétition".
Le paradoxe européen. Alors que l’ONU, l’OCDE et le FMI insistent sur la nécessité d’accélérer les investissements verts et de réformer la gouvernance financière pour mieux répartir les richesses, l’Union européenne a engagé depuis 2024 une série de reculs sur son Pacte vert. Sous la pression de coalitions nationalistes et d’un lobbying industriel intense, plusieurs textes ont été affaiblis - pesticides, pollution des eaux, transparence des entreprises, normes sur les cosmétiques - au nom de la compétitivité face aux États-Unis et à la Chine. Ce virage est dénoncé par les ONG comme une marche arrière historique. Il est en contradiction avec les recommandations des grandes institutions internationales qui voient dans la transition climatique un moteur de croissance et de stabilité macroéconomique. Autrement dit, l’Europe s’éloigne des prescriptions globales, au risque de fragiliser sa crédibilité écologique et économique.
En France, baisse des crédits biodiversité et adoption de lois agricoles productivistes fragilisent les écosystèmes, aggravent les tensions sur l’eau, font reculer la protection des espèces. Ce recul français s’inscrit dans une tendance plus large : au G7 Environnement d’avril 2026, les ministres ont adopté sept déclarations mais ont adouci les formulations sur la réduction des émissions. Le climat a été relégué derrière la biodiversité marine, l’économie circulaire et la sécurité énergétique,
Dans la campagne de 2027, beaucoup de candidats mettent en avant, le pouvoir d’achat, l'éducation, l’immigration ou la sécurité, mais les thèmes liés au climat sont relégués au second plan. Pourtant, les électeurs qui redoutent la guerre, la perte de leurs biens, de "cuire au soleil" lors des vagues de chaleur ou de "se noyer" face aux inondations sont majoritaires. Les rapports de l’ONU, de l’OCDE et du FMI rappellent que la transition écologique est un impératif économique autant que social. Malgré ces urgences, les programmes risquent d’offrir peu de réponses directes à ces inquiétudes croissantes.
"Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été pêché, alors on saura que l’argent ne se mange pas". Un sage Amérindien