OPINION. « Le paritarisme, une gouvernance du dialogue face aux défis contemporains »

Jean-Hervé Lorenzi et Philippe Barret
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Jean-Hervé Lorenzi et Philippe Barret
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Par Jean-Hervé Lorenzi, Président du Cercle des économistes, et Philippe Barret, Directeur Général du Groupe APICIL (*)
Le monde actuel est confronté à un double phénomène : l’inconnu - personne, nulle part dans le monde, ne sait ce qui va se passer dans six mois – et la volatilité : des événements extrêmes qui surviennent à une vitesse croissante. C’est assez frappant en matière climatique où l’on parle désormais de dérèglement plus que de changement. C’est aussi vrai, qui le nierait, en géopolitique, de l’Ukraine à l’Iran, de Moscou à Washington. On peut y ajouter deux autres grands domaines en plein bouleversement : la technologie (Data, intelligence artificielle, quantique…) et la démographie. Les travaux de la chaire de Paris Dauphine sur le vieillissement - retraite, dépendance - estiment le coût supplémentaire pour la collectivité entre 30 et 50 milliards d'euros par an. Quand les parlementaires peinent à s’entendre pour trouver dix milliards d’économies sur le budget annuel de l’Etat…
Ces déséquilibres pèsent évidemment sur l’activité des acteurs économiques et notamment des assureurs qui dépendent étroitement des équilibres macroéconomiques : taux d'intérêt, marchés financiers, emploi, croissance… Face à l’inconnu et à la volatilité, il leur faut des matelas financiers plus épais et des capacités d'adaptation toujours plus rapides, y compris face à un risque spécifique – et assez français - : le risque réglementaire. Toute réforme des régimes de santé ou de retraite peut transformer des pans entiers de leur activité.
Dans ce paysage en plein bouleversement, la solidité de la gouvernance est une force. Et l’on doit constater que le modèle paritaire, qui prévaut à l’Agir-Arrco et dans les groupes de protection sociale se révèle une vraie force. Elle permet de lutter contre la volatilité, d’être pro-actif, de défendre la mutualisation – menacée par l’hyperpersonnalisation nourrie au digital et par des réformes qui ont tendance à gommer les mécanismes de solidarité intergénérationnelle comme pour les complémentaires santé des seniors – de prôner la prévention.
Le paritarisme, c’est aussi la capacité et la liberté de faire confiance aux équipes de terrain pour soutenir l’engagement, notamment sur le sujet grandissant de l’accompagnement des aidants, exemple éloquent qui remonte à la période du COVID, le fait d’augmenter les dépenses sociales pour financer des respirateurs, notamment, alors que le réflexe comptable aurait été de serrer les boulons.
Les chiffres (qui ne mentent pas) montrent d’ailleurs que les frais de gestion des assureurs commerciaux sont supérieurs à ceux des mutuelles, eux-mêmes supérieurs à ceux des institutions de prévoyance. Et que le taux de redistribution des acteurs non lucratifs est structurellement plus élevé, puisqu’ils n’ont pas de marge à dégager pour leurs actionnaires.
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La gouvernance paritaire représente également un atout face à un risque croissant : celui de ne plus être assurable. La question n'est plus seulement de savoir si un risque peut être couvert techniquement, mais si des personnes sont en capacité de payer pour s’en prémunir. Pour que les choses restent assurables, il faut travailler en amont — réduire le risque avant qu'il ne se matérialise — et préserver le collectif. C'est de la pédagogie autant que de la technique : expliquer que si chacun gère son risque dans son coin, tout le monde finit par en pâtir. Le jeune actif bien portant d'aujourd'hui sera le retraité fragile de demain.
Ce modèle paritaire peut même être vu comme un phénomène à contre-courant dans cette époque de brutalisation des relations et d'individualisation voire d’individualisme. Sa caractéristique principale est en effet de faire discuter des gens qui ne sont pas d'accord entre eux et de les amener à faire des compromis, à prendre des décisions qui permettent d'avancer, de mutualiser, de gérer collectivement. Ce n'est peut-être pas parfait, mais c'est infiniment plus stable que n'importe quel système imposé verticalement.
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(*) Philippe Barret est le directeur général du Groupe APICIL, l'un des principaux groupes français de protection sociale complémentaire. Actuaire de formation, diplômé de l'ENSAE et de l'Institut des Actuaires, il débute sa carrière dans les études économiques et actuarielles avant d'occuper plusieurs fonctions de direction au sein des groupes Malakoff puis Réunica. Il rejoint APICIL en 2011 en tant que délégué général, avant d'en devenir directeur général. Sous son impulsion, le groupe a renforcé son développement national, diversifié ses activités en santé, prévoyance, retraite, épargne et services financiers, tout en conservant son modèle paritaire et mutualiste centré sur la protection des personnes.